Full text: Les questions fondamentales du marxisme

44 G. V. PLÉKHANOV 
(nicht als Gestalten, sondern als gestaltete), non comme des 
êtres actifs, exerçant une action, mais comme des êtres 
passifs, subissant une action (*). Et il explique cela par 
cette considération juste que « toutes les choses font leur 
apparition dans le champ visuel de l’homme, c’est-à- 
dire qu’elles prennent pour lui existence de choses unique- 
ment dans la mesure où elles subissent son action, et c’est 
conformément à cela qu’elles reçoivent leurs appellations, 
leurs noms » (**). En résumé, c’est l’activité humaine, 
de l’avis de Noiré, qui donne leur contenu aux raciites pri- 
mitives du langage (***). Il est intéressant de constater 
que Noiré voyait le premier germe de sa théorie dans cette 
pensée de Feuerbach que l’essence de l’homme réside dans 
la communauté, dans l’unité de l’homme avec l’homme. 
Visiblement, il ignorait tout de Marx ; autrement il se 
serait aperçu que sa conception du rôle de l’activité dans 
la formation du langage est plus proche de celle de Marx 
qui, dans sa théorie de la connaissance, insistait surtout 
sur l’activité humaine, à l’opposé de Feuerbach, qui parlait 
de préférence de la « contemplation » (28). 
Il n’est guère besoin de rappeler à propos de la théorie 
de Noiré que le caractère de l’activité humaine dans le 
processus de la production est déterminé par l’état des 
forces productives. Cela est évident. Il est plus utile de noter 
que l’influence décisive du mode d’existence sur la pensée 
est particulièrement visible chez les races primitives, dont 
la vie sociale et intellectuelle est incomparablement plus 
simple que celle des peuples civilisés. Van den Steinen 
écrit au sujet des indigènes du Brésil central que nous ne 
les comprendrons que quand nous les considérerons comme 
le produit d’une société basée sur la chasse. « La source 
principale de leur expérience, dit-il, était leur contact avec 
les animaux, et c’est de cette expérience surtout qu’ils s’ai- 
daient… pour s’expliquer la nature, pour se former une con- 
ception du monde » (****). Les conditions d’une vie faite 
de chasses ont déterminé non seulement la conception du 
monde propre à ces tribus, mais aussi leur idées morales, 
leurs sentiments et, remarque le même auteur, jusqu’à 
leurs goûts artistiques. Et nous voyons exactement la même 
(") Der Ursprung der Sprache, p. 341. 
(**) Ibid, p. 847 
(°**) Fbid, p. 369, 
&"*") Unter den Naturvôlkern Zentral-Brasiliens, p. 201.
	        
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