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(nicht als Gestalten, sondern als gestaltete), non comme des
êtres actifs, exerçant une action, mais comme des êtres
passifs, subissant une action (*). Et il explique cela par
cette considération juste que « toutes les choses font leur
apparition dans le champ visuel de l’homme, c’est-à-
dire qu’elles prennent pour lui existence de choses unique-
ment dans la mesure où elles subissent son action, et c’est
conformément à cela qu’elles reçoivent leurs appellations,
leurs noms » (**). En résumé, c’est l’activité humaine,
de l’avis de Noiré, qui donne leur contenu aux raciites pri-
mitives du langage (***). Il est intéressant de constater
que Noiré voyait le premier germe de sa théorie dans cette
pensée de Feuerbach que l’essence de l’homme réside dans
la communauté, dans l’unité de l’homme avec l’homme.
Visiblement, il ignorait tout de Marx ; autrement il se
serait aperçu que sa conception du rôle de l’activité dans
la formation du langage est plus proche de celle de Marx
qui, dans sa théorie de la connaissance, insistait surtout
sur l’activité humaine, à l’opposé de Feuerbach, qui parlait
de préférence de la « contemplation » (28).
Il n’est guère besoin de rappeler à propos de la théorie
de Noiré que le caractère de l’activité humaine dans le
processus de la production est déterminé par l’état des
forces productives. Cela est évident. Il est plus utile de noter
que l’influence décisive du mode d’existence sur la pensée
est particulièrement visible chez les races primitives, dont
la vie sociale et intellectuelle est incomparablement plus
simple que celle des peuples civilisés. Van den Steinen
écrit au sujet des indigènes du Brésil central que nous ne
les comprendrons que quand nous les considérerons comme
le produit d’une société basée sur la chasse. « La source
principale de leur expérience, dit-il, était leur contact avec
les animaux, et c’est de cette expérience surtout qu’ils s’ai-
daient… pour s’expliquer la nature, pour se former une con-
ception du monde » (****). Les conditions d’une vie faite
de chasses ont déterminé non seulement la conception du
monde propre à ces tribus, mais aussi leur idées morales,
leurs sentiments et, remarque le même auteur, jusqu’à
leurs goûts artistiques. Et nous voyons exactement la même
(") Der Ursprung der Sprache, p. 341.
(**) Ibid, p. 847
(°**) Fbid, p. 369,
&"*") Unter den Naturvôlkern Zentral-Brasiliens, p. 201.