LES QUESTIONS FONDAMENTALES DU MARXISME 45
chose chez les peuples pasteurs. Chez ceux d’entre eux que
Ratzel appelle des peuples pasteurs exclusifs, « le sujet
de 90 % des conversations est le bétail, ses origines, ses
habitudes, ses qualités et ses défauts » (*). Les malheureux
Herreros, que les « Allemands civilisés » ont récemment
pacifiés avec tant de cruauté bestiale, appartenaient à ces
« peuples pasteurs exclusifs » (**).
Puisque la principale source d’expérience était pour le
chasseur primitif le bétail et que toute sa conception du
monde se basait sur cette expérience, il n’est pas étonnant
que ce soit à la même source qu’ait été puisé le contenu de
toute cette mythologie des tribus de chasseurs, qui leur
tient lieu aussi bien de philosophie que de théologie et de
science. « Ce qui caractérise la mythologie des Boschi-
mans, dit Andrew Lang, c’est le rôle presque exclusif qu’y
jouent les animaux. À part une vieille femme qui apparaît,
de-ci de-là, dans leurs légendes incohérentes, l’homme n’y
joue aucun rôle » (***). Suivant Br. Smith, les indigènes
de l’Australie, qui, comme les Boschimans, en sont encore
au stade de la chasse, ont principalement pour dieux des
viseaux et des bêtes (****).
La religion des races primitives n’est, pour le moment,
pas encore suffisamment explorée. Mais ce que nous en
() Ibid, p. 205-206.
("”) Pour ce qui concerne les « peuples pasteurs exclusifs », voir
particulièrement le livre de Gustav Fischer : Eingeborene Süd-Afrikas,
Breslau 1872. Fischer dit : « L’idéal du Cafre, l’objet dont il rêve et
qu’il exalte avec prédilection dans ses chants, ce sont ses bœufs,
C'est-à-dire son bien le plus précieux. Les éloges du bétail alternent
dans les chants avec ceux du chef de tribu, et c’est encore son
bétail qui joue un grand rôle dans l’éloge qu’on fait de lui » (t. i
p. 85). Les soins à donner au bétail sont, aux yeux de l’homme cafre,
la besogne la plus honorable (I, p. 85) ; la guerre même est Poccu-
pation favorite du -Cafre principalement parce que, dans sa pensée,
elle est liée à l’idée d’un butin composé de bétail (I, p. 79). « Les
litiges chez les Cafres viennent de disputes au sujet du bétail »
(I, p. 322). Fischer a fait également une description très intéressante
de la vie des Boschimans chasseurs (I, p. 424 et suivantes).
, ss Mythes, cultes et religions, trad, par Charillet, Paris, 1896,
drees Il convient de se rappeler ici la remarque de R. Andree,
qui dit que, primitivement, l’homme se pe piésqite, ses dieux sous
l’aspect d’animaux. « Quand on en vient, pris tard, à concevoir les
Animaux avec des attributs anthropomorphiques, les mythes de Ja
Métamorphose d’hommes en animaux prennent naissance ». (Ethno-
fraphische Parallele und Vergleiche, Neue Folge, Leipzig, 1889, p. 116).
’apparition des idées anthropomorphiques sur les animaux pré-
Suppose déjà un niveau relativement plus élevé du développement des
forces productives. Comparer également Frobenius : Die Weltan-
schauung der Naturvôlker, Weimar, 1898, p. 24.