LES QUESTIONS FONDAMENTALES DU MARXISME = 59
quand elle prend part au processus de production en qua-
lité de classe dirigeante. Cela se reflète également dans
l’idéologie des classes en question. Les fabliaux français
du moyen âge, et particulièrement les chansons de geste,
représentent le paysan d’alors sous un jour des plus rebu-
tants. À les en croire :
Li vilaen sont de laide forme
Aine si tres laide ne vit home ;
Chaucuns a XV piez de granz,.
En auques ressemblent jâianz.
Mais trop sont de laide manière ;
Boçu sont devant et dérrière (*).
Mais les paysans, cela se conçoit, avaient d’eux-même
une idée toute différente. S’indignant de la morgue des
féodaux, ils chantaient :
Nous sommes des hommes, tout comme eux,
Et capables de souffrir tout autant qu’eux,
et ainsi de suite.
Et ils demandaient : « Quand Adam labourait et qu’Eve
filait, où était le gentilhomme ? » En somme chacune de
ces deux classes envisageait les choses de son propre point
de vue, dont le caractère particulier était conditionné
par la situation que ces classes occupaient dans la société.
La lutte des classes mettait son empreinte sur la psy-
chologie des parties en lutte. Et il en était ainsi, naturelle-
ment, non seulement au moyen âge et non seulement en
France. Plus la lutte de classe s’envenimait dans un pays
donné et à une époque donnée, plus forte devenait son
influence sur la psychologie des classes en lutte. Celui qui
veut étudier l’histoire des idéologies dans une société divisée
en classes, doit consacrer toute son attention à cette in-
fluence. Autrement, il n’y comprendra rien. Essayez de
donner une explication économique directe de l’apparition
de l’école de David dans la peinture française du xvi°
siècle, et vous aboutirez à un résultat qui ne sera rien de
plus qu’un non-sens ridicule et fastidieux. Mais considérez
cette école comme le reflet idéologique de la lutte de classe
(*) Comparer Les classes rurales et le régime domanial en France
au moyen âge, par Henri Sée, Paris, 1901, p. 554, Voir également
Fr. Mever : Die Stände, ihr Leben und Treiben, Marburg 1882, p. 8.