LES QUESTIONS FONDAMENTALES DU MARXISME 73
lisme historique. Par un tel livre, ils entendent ordinaire-
ment quelque chose dans le genre d’un traité abrégé de
l'histoire universelle au point de vue matérialiste. Mais,
en ce moment, un pareil traité ne saurait être écrit ni par
un savant isolé, quelque universelles que puissent être ses
connaissances, ni par tout uñ groupe de savants. Pour un
tel livre, il n’existe pas suffisamment de matériaux et il n’y
en aura pas de longtemps. Ces matériaux ne peuvent être ac-
cumulés qu’au moyen d’une longue série d’investigations
portant sur les détails des domaines correspondants de la
science et faites à l’aide de la méthode de Marx. Autrement
dit, les « critiques » qui réclament un tel livre voudraient
que le travail fût commencé par la fin, c’est-à-dire que fût
préalablement expliqué du point de vue matérialiste ce
même processus historique qu’il s’agit, à proprement par-
ler, d'exposer. En fait, ce livre s’écrit précisément dans la
mesure où les savants contemporains — le plus souvent
sans s’en rendre compte, ainsi que nous l’avons déjà dit —
se voient obligés, par tout l’état actuel de la sociologie, de
donner une explication matérialiste des phénomènes qu’ils
étudient. À eux seuls, les exemples précités sont une preuve
suffisante qu’il y a eu jusqu'ici très peu de ces savants.
Laplace dit qu’après la grande découverte de Newton,
cinquante années s’écoulèrent avant qu’elle fût complétés
par d’autres découvertes de quelque importance. Il fallut à
cette grande vérité tout ce temps pour être comprise de
tous et pour vaincre les obstacles qui lui étaient dressés
par la théorie des tourbillons, et peut-être aussi par l’amour-
propre des mathématiciens contemporains de Newton (”).
Les obstacles que rencontre le matérialisme moderne,
en tant que ‘théorie harmonieuse et conséquente, sont
incomparablement plus considérables que ceux que ren-
contra à son apparition la théorie de Newton. Contre lui
se dresse directement et résolument l’intérêt de la classe
actuellement dominante, à l’influence de laquelle se sou-
met nécessairement la plus grande partie des savants de
nos jours. La dialectique matérialiste, « qui ne s’incline
devant rien et considère les choses sous leur aspect tran-
sitoire », ne peut pas jouir de la sympathie de la classe
conservatrice, qui est actuellement, en Occident, la bour-
(“) Exposition du système du monde, Paris l’an IV, t. IL,
p. 291-292.