90 G. V. PLÉKHANOV
M. Tikhomirov fait chauffer de l’eau, et l’eau restant
de l’eau tant qu’il chauffe de 0° à 80° (*), il ne s’inquiète
d’aucune « soudaineté ». Mais voilà que la température s’est
élevée jusqu’à la limite fatale, et tout à coup — à terreur !
— la « catastrophe soudaine > est là : l’eau se transforme
en vapeur, comme si son imagination avait été « fixée sur
les bouleversements par la violence ».
M. Tikhomirov laisse refroidir l’eau, et voilà que la
même étrange histoire se répète. Peu à peu, la température
de l’eau se modifie, sans que l’eau cesse d’être de l’eau.
Mais voilà que le refroidissement atteint 0° et l’eau se
transforme en glace, sans nullement songer au fait que
les « bouleversements soudains » représentent une concep-
tion erronée.
M. Tikhomirov observe l’évolution d’un des insectes qui
subissent des métamorphoses. Le procès d’évolution de la
chrysalide s’effectue lentement, et, jusqu’à nouvel ordre,
la chrysalide reste chrysalide. Notre penseur se frotte les
mains de plaisir. « Ici, tout va bien, se dit-il, ni l’orga-
nisme social, ni l’organisme animal n’éprouvent de ces
bouleversements soudains que j'avais été obligé de re-
marquer dans le monde inorganique. En s’élevant à la
création d’être vivants, la nature devient posée ». Mais
bientôt sa joie fait place au chagrin. Un beau jour, la chry-
salide accomplit un « bouleversement par la violence » et
fait son entrée dans le monde sous la forme d’un papillon.
Ainsi donc, force est à M. Tikhomirov de se convaincre
que même la nature organique n’est pas assurée contre les
« soudainetés ».
Il en sera exactement de même, pour peu que M. Tikho-
mirov « tourne son attention » sur sa propre « évolution ».
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en général des « catastrophes » ou « bouleversements » géologiques.
Elle ne pouvait pas démontrer cela, sous peine d’être en contradic-
tion avec ces phénomènes généralement connus que sont les érup-
tions volcaniques, les tremblements de terre, etc. La tâche de la
science consistait à expliquer ces phénomènes comme le produit de
Paction cumulée de ces forces de la nature, dont nous pouvons,
à chaque instant, observer l’influence lentement progressive. Autre-
ment dit, la géologie devait expliquer les révolutions que tra-
verse l’écorce terrestre par l’évolution de cette même écorce. Une
tâche semblable dut être envisagée par la sociologie qui, en la
personne de Hegel et de Marx, en vint à bout avec le même succès
que la géologie.
(*) En Russie, on ne fait généralement usage que du thermo-
mètre Réaumur (N. du Tr).