Metadata : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

LA  HONGRIE

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Nous  avions  allumé  la  petite  lampe  de  terre  qui  se  trouvait  sur  la  table,
à  côté  d  un  pot  ébréché  dans  lequel  était  plantée  une  cuiller  d  étain.
Un  fragment  de  miroir  brillait,  cloué  comme  une  étoile  au  milieu  de  la
porte.  Dans  un  panier,  sous  des  chiffons,  roulé  en  boule  comme  un  pauvre
chat,  un  petit  enfant  montrait  sa  tête  aux  cheveux  frisés  de  chérubin,
noyée  de  paix,  d  innocence  et  de  sommeil.
Éveillées  parla  lumière  et  le  bruit,  les  trois  femmes  en  nous  apercevant
ne  poussèrent  pas  le  moindre  cri  d’effroi  ;  celle  qui  était  au  bord  du  lit,
le  plus  près  de  nous,  regarda  les  gendarmes  d’un  air  interrogateur,  attendant ­
  qu’ils  parlassent.
—  Nous  cherchons  quelqu’un,  fit  f  inspecteur  ;  vous  pouvez  vous  rendormir. ­
  Bonne  nuit  !
Et  nous  sortîmes.
Une  des  trois  femmes  s’entortilla  à  la  hâte  dans  un  lambeau  de  toile  et
vint  nous  éclairer.  Tout  le  long  du  couloir  s’étendait  une  boiserie  faite  de
débris  de  démolitions  et  percée  de  portes  moisies,  indiquant  autant  de  logements ­
  différents.  Quand  nous  fûmes  dans  la  rue,  l’inspecteur  nous  dit  que
le  lieu  que  nous  avions  visité  était  une  cave  qu’un  propriétaire  avait
divisée  en  plusieurs  chambres  pour  les  louer  à  des  gens  du  peuple.  Dans
cinq  ou  six  mois,  ces  logements  malsains  et  ignobles,  ajouta-t-il,  n’existeront ­
  plus,  le  quartier  tout  entier  devant  être  rebâti.
—  De  quoi  vivent  les  femmes  que  nous  avons  vues?  lui  demandai-je.
—  Ce  sont  des  porteuses  de  mortier,  qui  gagnent  de  trente  à  quarante
kreutzers  par  jour.
Nous  continuâmes,  pendant  quelques  minutes,  à  marcher  droit  devant
nous  sans  rencontrer  personne.  Au  tournant  d’une  avenue,  les  gendarmes
s’avancèrent  vers  une  grande  porte  à  deux  battants,  solide  et  incrustée  dans
une  vieille  muraille  lézardée,  comme  une  porte  de  château  fort.
Ils  frappèrent.
Des  chiens  répondirent  par  des  aboiements  rauques  ;  et  au  bout  de
quelques  secondes,  des  barres  de  fer  tombèrent  avec  un  bruit  sinistre  de
prison,  une  grosse  clef  grinça  dans  la  serrure  rouillée,  et  une  vieille,  toute
voûtée,  en  jupon,  la  chemise  glissée  sur  ses  épaules  jaunes  et  maigres,
tenant  une  lanterne  de  fer-blanc  qui  éclairait  sa  tête  méchante  d’oiseau  de
proie,  vint  demander  ce  que  nous  voulions.
Les  gendarmes,  sans  répondre,  écartèrent  la  vieille,  et  nous  pénétrâmes ­
  à  leur  suite  dans  une  cour  encombrée  de  charrettes  et  de  tas  noirs
qui  étaient  des  tas  d’hommes  et  de  femmes,  gisant  pêle-mêle  sur  des  tas
de  chiffons.  Deux  chiens  pelés,  à  l’échine  rigide,  au  poil  hérissé,  déta-
            
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