robes frôlées, mettait quelque chose de mystérieux dans cette grande
bâtisse solennelle et sombre. J’arrivai au seuil d’une salle basse encom
brée de monde qui se pressait devant des guichets ou se tenaient des em
ployés maussades, la plume d’oie derrière l’oreille, examinant avec une len
teur méthodique les divers objets étalés devant eux. Je me trouvais sans le
savoir au mont-de-piété de Pest, ! ne jeune femme, suivie de ses enfants à
demi nus, engageait scs dernières hardes; un monsieur vêtu de noir tirait,
en rougissant, sa montre de sa poche pour la « mettre au clou » ; un mili
taire en costume civil tendait un revolver; d’une main hésitante, presque
honteuse, une femme de chambre coquettement attifée, jupe courte, sou
liers découpés, apportait, ficelée dans un vieux journal, l’argenterie de sa
maîtresse; un commissionnaire, coiffé de sa casquette rouge et décoré de
sa plaque en cuivre, parlait bas à un chef et glissait sur la balance un
bracelet en or garni de brillants. Des groupes attendaient leur tour sans
échanger une parole, la figure grave, l’air soucieux, l’attitude honteuse cl
embarrassée. Des femmes tenaient au bras un petit panier couvert, rempli
de divers objets. Chez la plupart d’entre elles, ou remarquait cette expres
sion si touchante de misères noblement supportées, de luttes soutenues
jusqu’au bout, d’un cœur vaillant.
Mais nous voici au Musée national, au milieu d’un joli parc tout vert
et tout frais. Le Musée a été fondé de la même manière que 1 Académie,
par la générosité de la noblesse et du clergé hongrois. Le comte A. Bal-
tliyany a donné remplacement; les comtes Széchenyi et Esterhazy, leurs
riches bibliothèques et leurs collections de monnaies et d antiquités ; l ar
chevêque d Erlau, sa collection de tableaux, etc. Il faudrait un volume
pour décrire tous les objets, statues, antiquités, tableaux, collections ethno
graphiques et d’histoire naturelle, entassés dans les vastes salles du Musée
de Pest.
Ce Musée est particulièrement intéressant par sa collection d antiquités
préhistoriques. L’âge de bronze y est représenté d’une manière différente
et plus complète que dans les musées d Allemagne, car les peuples des rives
de lister, venant directement d’Asie, n’étaient pas les mêmes que ceux
qui vivaient sur les bords dullhin. Les épées ont une autre forme; les armes
et les ustensiles de cuivre trouvés en Hongrie sont uniques et font suppo
ser qu’il y eut aussi un « âge de cuivre » . Les murs de cette première salle
sont décorés d’ossements d’animaux préhistoriques recueillis sur les bords
du Danube. On montre là un os de mammouth qui resta pendant des siècles
exposé à la vénération des fidèles dans une église de village, où il passait
pour le tibia de saint Christophe; il porte encore Panneau eu fer par lequel