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II. — La crise en perspective:
Messieurs, je m’exeuse de m’être étendu sur ces questions
d’une technicité un peu aride, et d’avoir peut-être quelque
peu perdu de vue, à vouloir entrer dans le détail, les idées
générales qui devaient nous guider dans ce dédale. Je crois
que d’ailleurs nous sommes d’accord sur ce point, c’est que
dans ces matières économiques si délicates, qui touchent de
si près aux intérêts vitaux de notre importation et aussi de
notre exportation, il faut se garder avant tout des idées toutes
faites, des grandes doctrines et des théories préconçues ; il
laut voir les faits au jour le jour, avec quelque modestie, avec
quelque minutie également, en suivant pas à pas le mouvement
des échanges, en se tenant attentif à tous les symptômes de
crise ou de guérison. Non pas qu’il faille avoir de trop vives
réactions lorsqu’on voit baisser ou monter le baromètre de nos
importations ou de nos exportations. Gardons-nous de ressem-
bler à cette mère de famille, dont l’enfant souffre et qui va le
réveiller à chaque instant pour lui placer le thermomètre sous
l’aisselle, et qui s’affole si elle constate un petit peu plus de
fièvre.
Néanmoins, à regarder les choses avec sang-froid, on ne
peut se dissimuler que nous allons vers une crise ; je crois
que le jour où notre franc sera stabilisé nous aurons une
période assez dure à passer ; eh bien ! la sagesse commande
de se préparer à cette crise afin de la traverser de son mieux,
et d’ici là, de ne pas prendre de mesures excessives. mais d’être
prêt pour le bon moment.
Les prohibitions de sortie. —- Parmi ces mesures excessives,
il y en a une sur laquelle je me permets d’insister, car la ques-
tion tient à cœur au Comité d’Aclion Economique, c’est la
mesure qui consiste à freiner nos exportations par des taxes
et par des prohibitions de sortie. Je crois que nous nous
mettrons d’accord sur ce point, qu’il faudrait qu’on en finisse
une bonne foïs avec cette conception d’une France devant
garder jalousement, pour les transformer elle-même, toutes les
matières premières qui sont nécessaires à ses industries. C’est
avec ces mesures égoïstes que l’on arrive à tarir les courants
commerciaux, sans profit pour personne : car toutes ces
entraves à la sortie jouent finalement à l’encontre du but
proposé. En brimant de toutes manières les exportateurs de
11. LA POLITIQUE DOUANIERE ET LES ECHANGES INTERNATIONAUX