Full text : L'Impôt foncier et la captation personelle sous le Bas-Empire et à l'époque franque

102 L’IMPOT FONCIER ET LA CAPITATION PERSONNELLE

à une mort certaine, il n’y avait qu’à le charger d’aller percevoir le
tribut’. » On lit, en effet, à la fin du chapitre xxrv de la chronique
de Frédégaire « ut Bertoaldus potius interiret, eum ripa Segona
usque Oceanum mare per pagos et civitates fiscum (fiscos) inquirendum
 dirigunt ». Mais la suite montre que Bertoald s’exposait à
la mort, non pas en levant l’impôt, mais en se rendant dans un
pays proche de la frontière, avec une escorte insuffisante et sans
prendre de précautions. Pendant qu’il chassait près de la willa
d’Arelao, Clotaire II tenta de le surprendre à l’improviste avec une
armée commandée par son fils Mérovée et le maire du palais de
Neustrie, Landry. Bertoald s’enfuit à Orléans et Clotaire tenta de
mettre la main sur la région d’entre Seine et Loire qu’il avait
reconnue par traité au petit-fils de Brunehaut°. Dans la pensée du
chroniqueur la reine est certainement complice d’un coup monté
contre Bertoald, insinuation dont son propre récit révèle l’absurdité.
 La levée de l’impôt n’est pour rien dans cette prétendue
machination. Au surplus, en y regardant de plus près, on s’aperçoit
 que Bertoald est envoyé, non pour exiger le tribut, mais pour
inspecter; les fiscs, les domaines royaux, de la région d’entre Seine
et Loire. Cette opération rentre dans ses attributions de maire
du palais, chef des domestic, administrateurs de ces domaines®.
La willa Arelao, où il s'installa tout d’abord, est au milieu de la
forêt de Brotonne, dans une boucle de la Seine, sur son cours
inférieur, sur la rive gauche, à portée de l’attaque du roi de
Neustrie *.
L’autorité eut encore assez de force au vn° siècle pour lever

t. Lehuërou, p. 473.
2. « Bertoaldus a Teuderico directus cum tricentis tantum viris illis partibus
properavit, cumque Arelao villa venisset et venationem inibi exerceret, haec comperiens
 Chlotharius filium suum Meroveum et Landericum majorisdomum cum
exercitu Bertoaldum opprimendum direxit et maximam partem inter Segona et
Legere pagos et civitates d2 regno Theuderici presumpsit, contra pactum, pervadere.
 Bertoaldus haec audiens, cum sustenere non praevalebat, terga vertens Aurilianes
 ingreditur ibique a viro beatissimo Austreno episcopo suscipetur. »
3. Sur le maire du palais et les domestici, voy. Waitz, II, 2, 93.
4. Il s’agit de la sylva Arelauna, aujourd’hui forêt de Brotonne, Seine-Inférieure,
entre Caudebec (sur la rive droite) et Routot. Dans sa fuite Bertoald a certainement
pris les voies antiques qui, par Brionne, Évreux et Chartres, le conduisaient à
Orléans. En 600 Clotaire II avait été réduit au petit pays compris entre la basse
Seine, l'Oise et la Canche. Bien que sur la rive gauche, la sylva Atelauna faisait
partie du Roumois, attribué à Clotaire, Il n’est donc pas bien certain que, en chassant
 dans cette forêt, Bertoald fût vraiment dans les États de Thierry.
            
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