Full text: L'Impôt foncier et la captation personelle sous le Bas-Empire et à l'époque franque

[24 L’IMPOT FONCIER ET LA CAPITATION PERSONNELLE 
à la merci d’une grève de ces singuliers contribuables. II suffit qu’ils 
refusent de se rendre au plaid — et à partir du règne de Charles le 
Chauve ils ne s’en priveront pas — pour que le roi carolingien se 
trouve sans argent aussi bien que sans soldats. Et puis, pour l’ave- 
nir, c’est un fait de grande conséquence que la contribution des 
grands propriétaires, laïques ou ecclésiastiques, qui dominent la 
société, soit envisagée comme un acte volontaire émanant de leur 
initiative et non de celle du pouvoir. La psychologie de l’ « aide » 
au roi, où au grand revêtu des prérogatives royales, est en germe 
dans cette pratique de l’époque franque. - 
Passé le règne de Charles le Chauve il n’est plus question du don 
annuel, du moins en France occidentale. Ce n’est pas à dire qu’il 
ne se soit pas poursuivi encore, plus ou moins longtemps, mais ses 
traces se perdent dans les sables. 
La décadence, puis la destruction d'un système d’impôts directs 
réguliers au cours de la période franque n’est pas seulement impu- 
table à l’incapacité de l’administration, à la médiocrité des rois, à la 
sauvage barbarie des sujets francs et romains. La raison la plus 
profonde c’est que ces contributions ne répondaient plus à rien. 
Nous avons dit* qu’Il n’y a aucune contre-partie aux versements en 
espèces ou en nature que les Mérovingiens exigèrent tant qu’ils le 
purent de leurs sujets. Les services publics disparaissent. L’Église 
se charge de l’assistance aux pauvres, aux malades, aux veuves, aux 
orphelins, aux captifs, aux voyageurs. Les routes et les ponts sont 
entretenus par les corvées et les taxes ad hoc. Le service des jeux 
publics cesse de fonctionner ou ne fonctionne que très rarement 
en Gaule”. L’approvisionnement des petites villes mal peuplées de 
cette contrée* ne requérait point les dépenses que nécessitérent 
Rome, Constantinople, peut-être encore d’autres villes en Orient. 
Les fonctionnaires, les judices, c’est-à-dire les comtes, peu nombreux, 
étaient rétribués avec le revenu d’une terre du fisc et une partie des 
amendes judiciaires. La cour vivait du produit des nombreuses 
villas royales où elle se transportait tour à tour. 
1. Voy. p. 99. 
2. Waitz, t. IV, p. 29-32, 56-68, 
3. Chilpéric donne encore des jeux à Soissons et à Paris (Grég. de Tours, V, 11). 
4. Aucune ville de Gaule n’a dépassé 30 hectares de superficie pendant le haut 
Moyen Age. C’est dire que le chiffre de 10 000 habitants est un gros maximum 
que fort peu de civitates ont pu atteindre.
	        
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