DESTINÉES DE L’IMPOT FONCIER ET DE LA CAPITATION 125
Finalement il ne reste que l’armée. Déjà sous l’Empire son entre-
tien absorbait la plus large part des revenus de l’État. Les Barbares
introduisirent en Gaule le système de la levée en masse, de la nation
armée ‘. Tout homme libre, quelle que fût sa nationalité, dut le ser-
vice armé et à ses frais. Donc plus d’armée permanente, plus de
solde à verser à des soldats de profession. Quelle formidable éco-
nomie budgétaire. En réalité, ce système ne procura à la population
aucun allégement de charges. Obligés de s’absenter, pendant plu-
sieurs semaines ou plasieurs mois quelquefois, de s’équiper, eux et
leurs serviteurs, de s’approvisionner avant, pendant et après la cam-
pagne, les hommes libres se trouvèrent certainement plus accablés
que s’ils avaient versé un impôt foncier, même très lourd. Que dire
des pauvres hommes libres n’ayant qu’un lopin de terre ou même
rien ! Pour eux le service militaire fut la ruine absolue.
Quant aux colons, peut-être astreints au service théoriquement,
en fait exemptés, ils durent, pour équiper leur seigneur et l’entre-
tenir, verser en nature ou en espèces, des sommes sans doute sen-
siblement plus élevées que la capitatio®. Enfin, est-il besoin de
remarquer que le passage des hordes indisciplinées qu’on appelait
l'exercitus Francorum, ruinait les régions qu’elles traversaient ?
Le service militaire étendu à tous les hommes libres et à leurs
frais constitue donc un fardeau encore plus accablant que l’entre
tien d’armées mercenaires, comme au temps de l’Empire romain.
En vertu d’une logique inéluctable il amena la ruine de l’impôt
foncier. Les grands et les ecclésiastiques, sinon l’ensemble de la popu-
lation, sentirent, comme d’instinct, que le pouvoir n’avait plus le
droit de leur imposer le tributum, les functiones publicae, puisqu’il
n’avait pas à assurer le plus dispendieux des services publics, l’armée.
Ils n'obtinrent jamais une disposition d’ordre général supprimant le
« tribut », mais ils s’arrangèrent pour s’en faire exempter indivi-
duellement. Seuls les petits propriétaires et les colons continuèrent
à verser l'impôt foncier et la capitation.
Enfin le développement lent, mais continu, de la pratique du vas-
1. G. Waitz, IL, N, 209; — Jules Tardif, Études sur les Institutions. période
mérovingienne (1881), D. 202 : — Fustel de Coulanges, Monarchie franque, p. 290-
295.
2. Les colons et les lites versent en nature (bœufs, moutons, charrettes de
transport) ou, rarement, en argent une redevance, dite hostilitium. On ne voit
presque jamais les serfs assujettis à ce droit. Voy. Guérard, p. 666 et 670;
G. Waitz, t: IV, p. 622.