:26 L'IMPOT FONCIER ET LA CAPITATION PERSONNELLE
selage acheva de ruiner dans les-esprits le concept de la contribution
pécuniaire dans l’intérêt général. Les Carolingiens en étendant
autant qu'ils pouvaient la vassalité visaient avant tout à s'assurer la
« fidélité » et le concours militaire de guerriers vaillants et dévoués.
Exiger de ceux-ci le versement d’une somme d’argent, à titre de « tri-
dut », au risque de les exaspérer, eût été une politique inconsidèrée.
[l s’établit au contraire de bonne heure le préjugé que l’homme vrai-
ment libre, le noble, ne doit payer qu’avec son sang, jamais avec son
argent. Et ce concept psychologique, en dépit des efforts de la monar-
chie aux x° et xIV® siècles, s’enracinera et traversera tout le moyen
Âge et même les temps modernes ; il n’a succombé qu’hier seulement.
À partir du x° siècle, il se constitue des milliers de « seigneuries »
qui s’arrogent les droits régaliens, en tout ou en partie. Elles for-
ment de grands ou petits États autonomes, impénétrables à l’action
d’une autorité centrale quelconque*. Le maintien, même partiel,
d’un impôt direct est radicalement incompatible avec pareille struc-
ture de la société. Et c’est sans doute ce qui explique que les pos-
sesseurs d’alleux qui, en bonne logique, eussent dû continuer à
payer l'impôt, au moins en théorie, soient exempts de toute contri-
pution, non seulèment vassalique, mais publique, dès le x1° siècle
pour le moins *.
Cependant il est une charge dont l’origine antique est bien pro-
sable et dont la destinée’ se poursuivra au delà de l’époque franque,
c’est le rachat du service militaire dû par les colons, les demi-libres
de la campagne, sans doute de la ville aussi. Cet impôt ne frappe
pas cette classe sociale directement. Il est dû par les « maîtres »
(domini) des colons, tout comme la pracbitio tiromum du temps de
l'Empire. L'administration était libre d’exiger de l'argent du grand
propriétaire au lieu de la personne du colon. Quand l’armée en
vint à ne plus se composer que de Barbares, la bracbitio tironum se
transforma en une taxe de guerre*,
Il ne paraît pas douteux qu’elle ait poursuivi son existence à
l'époque franque. Les polyptyques carolingiens parlent à chaque
nstant d’une prestation de guerre, dite hostilitium, quelquefois car-
1. Les grands feudataires sont aussi impuissants que le roi contre l’anarchie aux
x° et XI siècles,
2. On trouvera des exemples, de l’indépendance fiscale des alleux, dès le
1° siècle, dans J. Flach, Les origines de Pancienne France, t. 1 (1886), p. 190 et suiv.
3. Sur la praebitio tironum voy. plus haut, p. 31.