(5 PHLNCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE.
O, n’est donc pas l'ntilitë qui est la mesure de la valeur échangea
ble, quoiqu’elle lui soit absolument essentielle. Si un objet n’était
d’aucune utilité, ou, en d’autres termes, si nous ne pouvions le faire
servir à nos jouissances, ou en tirer quelque avantage, il ne posséde
rait aucune valeur éebangealde, quelle que lût d’ailleurs sa rareté,
ou quantité de travail nécessaire pour l’acquérir.
Les choses, une fois qu elles sont reconnues utiles par elles-mêmes.
Peut-être aurait-il dû remarquer que celte dernière, la valeur échangeable, est.
celle dont Smith s’est exclusivement occupé dans tout son ouvrage, et que c’est
en cela que consiste le grand pas qu’il a fait faire à l’économie politique, à la
science de toutes, peut-être, qui influe plus directement sur le sort des hommes.
Eu effet, la Valeur, cette qualité abstraite par latpielle les choses deviennent des
Richesses, ou des portions de richesses, était une qualité vague et arbitraire que
chacun élevait ou abaissait à son gré, selon l’estime que chacun faisait de sa
chose ; mais du moment qu’on a remarqué qu’il fallait que cette valeur fût re
connue et avouée pour qu’elle devînt une richesse réelle, la science a eu des lors
une base fixe • La valeur courante ou échangeable des choses, ce qu’on appelle
leur prix courant, lorsque l’évaluation en est faite dans la monnaie du pays. En
raisonnant sur cette valeur, sur ce qui la crée, sur ce qui l’altere, on n’a plus
raisonné sur des abstractions, pas plus que deux héritiers, après avoir fait inven
taire d’une succession, ne se partagent des abstractions.
Je ne saurais m’empêcher de remarquer ici que cette nécessité de fixer la va
leur des choses par la valeur qu’on peut obtenir en retour de ces mêmes choses,
dans l’échange qu’on voudrait en faire, a détourné la plupart des écrivains du
véritable objet des recherches économiques. On a considéré l’échange comme le
fondement de la richesse sociale, tandis qu’il n’y ajoute effectivement rien. Deux
valeurs qu’on échange entre elles, un boisseau de froment et une paire de ciseaux,
ont été préalablement formées avant de s’échanger ; la richesse qui réside en
elles existe préalablement à tout échange; et, bien que les échangés jouent un
grand rôle dans l’économie sociale, bien qu’ils soient indispensables pour que les
produits parv iennent jusqu’à leurs consommateurs, ce n’est point dans les échan
gés mêmes que consiste la production ou la consommation des richesses. 11 y a
beaucoup de richesses produites, et même distribuées sans échange effectif.
Lorsqu’un gros cultivateur du Kentucky distribue à sa famille et à ses serv iteurs
le froment de ses terres et la viande de ses troupeaux ; lorsiju il fait filer et tisser
dans sa maison, pour son usage, les laines ou k coton de sa récolte, et qu il dis
tile même des pêches pour faire sa boisson, lui et les siens produisent et con
somment des richesses qui n’ont point subi d’échange.
T,a v aleur échangeable d’une chose, même lorsque l’échange ne s’effectue pas,
valeur vénale, c’est-à-dire la valeur qu’elle aurait dans le cas où l’on jugerait
' nrooos de la vendre, suffit donc, même sans qu’aucune vente ait heu , pour
constituer la richesse. C’est ainsi qu’un négociant connaît sa richesse par l’m-
v«.niairp nii’il fait de son fonds), même sans avoir l’intention de le vendre.
.l.-B. Sav.