Object: Oeuvres complètes

71 
CHAP. V. — DES SALAIRES, 
lout aussi favorables, le capital national pourrait fort bien avoir dou 
blé en moins de temps. Dans ce cas, les salaires, pendant toute cette 
époque, tendront à hausser, parce que le nombre des bras sera tou 
jours insuflisant pour le besoin qu’on en aura. 
l^ans des colonies nouvelles où l’on introduit les arts et les connais 
sances des pays plus avancés en civilisation, il est probable que les 
capitaux tendent a s’accroître plus vite que l’espèce humaine ; et si 
des pays plus peuplés ne suppléaient au manque de bras, cette ten 
dance élèverait considérablement le prix du travail. A mesure que 
ces établissements deviennent plus peuplés, et que l’on commence à 
défricher des terrains de mauvaise qualité, les eapitaux n’augmen 
tent plus si rapidement; car l’excédant des produits sur les besoins 
de la population doit nécessairement être proportionné à la facilité de 
la production, c’est-à-dire au petit nombre de personnes qui y sont 
employées. Quoiqu’il soit donc probable que, dans les circonstances 
les plus favorables, la production devance la population, cela ne sau 
rait continuer longtemps; car, l’étendue du sol étant bornée , et ses 
qualités étant différentes, à chaque nouvel emploi de capital, le taux 
de la production diminuera, tandis que les progrès de la population 
resteront toujours les mêmes. 
Dans les pays où il y a des terres fertiles en abondance, mais où 
les habitants sont exposés, par leur ignorance, leur paresse et leur 
barbarie, à toutes les horreurs de la disette et de la famine, et où on 
a pu dire que la population se dispute les moyens d’alimentation, 
il faudrait y remédier autrement que dans les États depuis long 
temps civilisés, et où la diminution des subsistances entraîne tous 
les maux d’une population excessive. Dans le premier cas, le mal 
vient d’un mauvais gouvernement, de l’instabilité de la propriété 
de l’ignorance générale. Pour rendre ces populations plus heureu 
ses, il suffirait d’améliorer le gouvernement, d’étendre l’instruction ; 
on verrait alors l’augmentation du capital dépasser nécessairement 
l’acc roissement de la population , et les moyens de production 
iraient au delà des besoins de la nation. Dans l’autre cas, la popu 
lation grandit plus \ite que le fonds nécessaire à son entretien : et il 
arrivera que chaque nouvel effort de l’industrie, à moins d’ètre sui 
vi d une diminution dans les rangs du pays, ne fera qu’ajouter au 
mal . la production ne pouvant marcher aussi rapidement que les 
naissances. 
1 our un pays oii l’on se dispute les subsistances, les seuls remèdes 
sont, ou un affaiblissement de la population ou une accumulation ra-
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.