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CHAP. V. — DES SALAIRES,
lout aussi favorables, le capital national pourrait fort bien avoir dou
blé en moins de temps. Dans ce cas, les salaires, pendant toute cette
époque, tendront à hausser, parce que le nombre des bras sera tou
jours insuflisant pour le besoin qu’on en aura.
l^ans des colonies nouvelles où l’on introduit les arts et les connais
sances des pays plus avancés en civilisation, il est probable que les
capitaux tendent a s’accroître plus vite que l’espèce humaine ; et si
des pays plus peuplés ne suppléaient au manque de bras, cette ten
dance élèverait considérablement le prix du travail. A mesure que
ces établissements deviennent plus peuplés, et que l’on commence à
défricher des terrains de mauvaise qualité, les eapitaux n’augmen
tent plus si rapidement; car l’excédant des produits sur les besoins
de la population doit nécessairement être proportionné à la facilité de
la production, c’est-à-dire au petit nombre de personnes qui y sont
employées. Quoiqu’il soit donc probable que, dans les circonstances
les plus favorables, la production devance la population, cela ne sau
rait continuer longtemps; car, l’étendue du sol étant bornée , et ses
qualités étant différentes, à chaque nouvel emploi de capital, le taux
de la production diminuera, tandis que les progrès de la population
resteront toujours les mêmes.
Dans les pays où il y a des terres fertiles en abondance, mais où
les habitants sont exposés, par leur ignorance, leur paresse et leur
barbarie, à toutes les horreurs de la disette et de la famine, et où on
a pu dire que la population se dispute les moyens d’alimentation,
il faudrait y remédier autrement que dans les États depuis long
temps civilisés, et où la diminution des subsistances entraîne tous
les maux d’une population excessive. Dans le premier cas, le mal
vient d’un mauvais gouvernement, de l’instabilité de la propriété
de l’ignorance générale. Pour rendre ces populations plus heureu
ses, il suffirait d’améliorer le gouvernement, d’étendre l’instruction ;
on verrait alors l’augmentation du capital dépasser nécessairement
l’acc roissement de la population , et les moyens de production
iraient au delà des besoins de la nation. Dans l’autre cas, la popu
lation grandit plus \ite que le fonds nécessaire à son entretien : et il
arrivera que chaque nouvel effort de l’industrie, à moins d’ètre sui
vi d une diminution dans les rangs du pays, ne fera qu’ajouter au
mal . la production ne pouvant marcher aussi rapidement que les
naissances.
1 our un pays oii l’on se dispute les subsistances, les seuls remèdes
sont, ou un affaiblissement de la population ou une accumulation ra-