352 EN AFRIQUE. — LA QUESTION DU NIL ET DU NIGER.
reux; le 13 mars, il livra aux Soudaniens la bataille de
Tamanieh, près de Souakim. Osman-Digma fut vaincu, son
camp incendié, son étendard et ses bagages pris, 5.000 de
ses soldats tués. Souakim était sauvée, les Derviches reje
tés à distance du littoral.
Cependant le gouvernement anglais avait envoyé à Khar
toum Gordon-pacha, l’ancien gouverneur du Soudan. Il y
fut bientôt enveloppé de toutes parts par des masses énor
mes de cavaliers et de fantassins, ses communications cou
pées vers le nord par la prise de Berber et de Chendy, sa
situation désespérée. En octobre, le colonel Stewart, envoyé
à son secours, fut massacré avec tous ses compagnons. Lord
Wolseley fut alors chargé d’aller délivrer Gordon, avec une
armée de 10.000 hommes et des ressources considérables.
Sa marche très lente et très prudente, appuyée sur le Nil,
parut devoir lui assurer le succès. Le 16 janvier 1885, les
Soudaniens furent battus à Abou-Kléa. Le 21, arriva un
message de Gordon : « Tout va bien à Khartoum. Je puis
tenir des années — 29 décembre ». Le 28 janvier, les
canonnières de sir Wilson furent en vue de la ville ; point
de troupes aux environs; le Mahdi avait-il fui dans le désert?
Elles s’approchèrent: elles furent accueillies à coups de
canons. Quelques jours auparavant, la garnison de Khar
toum, travaillée par les émissaires du Mahdi, s’était révoltée,
avait ouvert les portes aux assiégeants, avait massacré
Gordon. Le Mahdi était dans la vüle avec toute son armée.
Wolseley ne tenta pas le siège de Khartoum ; il eut été
sans doute écrasé. Il ordonna la retraite. Il chercha, en se
retirant, à enlever Berber, pour en faire la base d’une
reprise postérieure des opérations ; le général Earle y échoua
et fut tué près de Kerbikan. Le général Graham marcha
aussi de Souakim sur Berber; il livra aux ennemis, les 18
et 20 mars 1885, des combats acharnés autour de Tamaï ; il
y perdit beaucoup de soldats et dut renoncer à avancer. Les
Mahdistes prirent même Kassala, le 30 juillet 1885, après
un long siège héroïquement soutenu.
Il fallut évacuer tout le Soudan, et la frontière de l’Égypte
fut ramenée aux premières cataractes du Nil, vers Ouady-
Âlfa et Assouan. Le Mahdi était mort le 21 juin 1885; les
Derviches lui donnèrent pour successeur le nègre Abdullah,
qui établit sa capitale à Omdurman, sur le Nil, en face de
Khartoum, Osman Digma continuant à tenir la campago^ à
travers la Nubie.