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là, au seuil d’une question aussi délicate, je vous renvoie au
règlement de votre Chambre d’Expertises. Vous y exigez, pour
cet arbitrage du second degré, une majorité de quatre voix
contre une ; pour que le jugement arbitral du premier degré
soit annulé, il vous faut que quatre voix contre cinq le
déclarent mauvais.
À Paris, Messieurs, nous nous sommes contentés de dire
qu’il suffirait de la majorité ordinaire, soit trois voix sur cinq,
pour que la sentence arbitrale du premier degré fût annulée,
st remplacée par une sentence d’appel. Je comprends d’ailleurs
‘rès bien votre pensée, elle est semblable à celle que je
retrouve en Angleterre, au sein de ces organisations vraiment
modèles des arbitres commerciaux, telles que la London Corn
Trade Association.
Par des modifications successives, les Anglais ont fini par
rendre l’arbitrage d’appel, je ne dirai pas impossible, mais très
difficile, ou tout au moins rébarbatif. Il comporte en effet sept
juges et il faut que six d’entre eux déclarent que la première
sentence sera annulée. Il faut donc réunir la presque unani-
mité contre elle. Et de plus, les frais d’appel sont considérables,
seci afin de réduire chez les parties le désir d’en appeler d’une
sentence arbitrale.
Chez vous, très sagement, on a fait sa part à cette préoceu-
pation en édictant, si je ne me trompe, que les honoraires des
arbitres, honoraires d’ailleurs si réduits qu’ils permettent à
peine de payer le taxi pour se rendre à l'arbitrage, seraient
doublés en appel. Et ceci ne signifie pas que vous vouliez
rémunérer davantage les arbitres d’appel que ceux de première
instance, mais que vous avez voulu avertir les parties,, déjà
condamnées par un premier arbitrage, qu’elles doivent hésiter
à tenter l’appel.
Enfin, Messieurs, le quatrième À : la question des avocats.
fl ne nous a jamais échappé qu’en dehors des questions
d’expertises proprement dites — et c’est à cet ordre de préoc-
cupations que répond surtout la Chambre d’Expertises et
d’Arbitrages — il pouvait se produire entre négociants des
litiges d’une gravité particulière ou affectant un caractère juri-
dique très délicat. C’est dans ces cas, où les parties prévoient
qu’il y aura une difficulté juridique à résoudre, qu’elles pour-
ront librement stipuler que l’appel se fera devant un Tribunal.
Mais il y a une autre solution qui me paraît beaucoup plus
naturelle, et la voici : quand une difficulté vient à naître, vous
9. LA CLAUSE COMPROMISSOIRE