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ecte que cette période fut, elle aussi, remplie de luttes sociales
et qu’elle fut désolée par les guerres civiles et les désordres.
ela est vrai; mais les désordres et les luttes sociales du Moyen
ge n’étaient pas dus à l’organisation économique et sociale;
ls provenaient de la faiblesse de l'Etat, de l'incertitude d
‘équilibre politique. Ainsi voyons-nous que le même système
orporatif qui était à Florence une source de luttes et de
iscordes, réglait à Venise la vie économique en garantissan
à tous une parfaite tranquillité, parce que Venise était dominée
ar un Etat fort et un gouvernement plus fort encore !
« L’harmonie qui, qu’on le veuille ou non, existait dans
es rapports sociaux à cette époque, disparut avec les corpo-
ations. Cette fin est imputable, en partie, à la transformation
des conditions de l’économie mondiale, conséquence de |
aissance de la grande industrie, mais en partie aussi au
bouleversement politique produit par la révolution française,
ui donna le gouvernement de l’Etat à la bourgeoisie. Pour
a bourgeoisie, les corporations étaient génantes, parce qu’elles
‘empéchaient de prendre la direction de la production, chose
u’elle estimait être et qui était effectivement nécessaire
t de dominer d’une manière absolue les classes ouvrières
ce qui lui paraissait être, et était peut-être alors, indispen-
able.
«La bourgeoisie française triomphant par la révolution
e se contenta done pas de proclamer, dans la nuit du 4 aoû
789, la fin des corporations; elle voulut renforcer cette aboli-
ion par une interdiction perpétuelle de les reconstituer et
,
ar la loi du 14 août 1791 elle interdit toutes les coalitions
ant ouvrières que patronales, « toutes les associations — dit
‘exposé des motifs — où les ouvriers et les patrons se réunis-
sent pour la défense de leurs prétendus intérêts ». <<
« Mais la modalité même du triomphe de la bourgeoisie
contenait en soi des germes de faiblesse future. Se
«La bourgeoisie, qui gouvernait au nom de la liberté,
oulut ignorer le phénomène syndical. Cette ignorance pro-
uisit fatalement un effet aussi grave qu’inattendu, le jour
ü se manifestèrent le développement démesuré de la grande
industrie et la multiplication des masses ouvrières. <a
« L’indifférence de l’Etat devant la misère des travailleurs,
evait amener fatalement l'union des travailleurs et leur
ésistance directe à l’oppression patronale. Ce phénomène se
roduisit dans la première moitié du xIx° siècle. Et les organi-