MADAGASCAR
51
erreurs, un gaspillage de sang et d’or français et ausel
de la main-d’œuvre indigène qui ont retardé la mise en
valeur de la Grande Ile. Si ces fautes ont enrichi notre
expérience elles n’auront pas été en pure perte. À voir
l’intelligence, la hardiesse des conceptions du gouver-
neur général, M. Marcel Ollivier, il est permis de le croire.
La population malgache n’est pas homogène : les autoch-
tones se sont fondus dans des apports arabes, malais,
javanais et nègres. De toutes les tribus, l’une, les Hovas,
dépasse les autres par l’intelligence et le caractère. Îls
ont accompli la seule œuvre de civilisation notoire anté-
rieure à l’occupation française. Afin de se nourrir ils
ont recouru à la culture par irrigation et celle-ci,
comma partout où elle est née, a imposé à la popula-
tion un effort de solidarité, de discipline sociale d’où
est sortie l’unité politique de l’Imérina. Une soif de con-
quête démesurée, une intelligence mal ordonnée chez les
souverains de Tananarive arrêtèrent cette civilisation
naissante et la dévoyèrent. En vain des Français, des
Anglais, les missions catholiques et protestantes tentè-
rent-ils d’introduire des progrès, la Cour d'Imérina
succombant sous le poids des fautes et des charges
que son ambition démesurée avait accumulées fut
incapable de diriger ce mouvement civilisateur et versa
dans l’anarchie. Nous dûmes intervenir militairement. et
le 6 août 1896 nous annexions l’île.
Si l’on prend en considération ce fait, malheureusement
évident, que. les Français ne sont pas actuellement
en état de peupler — je ne dis pas coloniser, mais peupler
— les hauts plateaux malgaches, bien que ceux-ci soient
favorables à l’établissement de la race blanche, on doit
chercher à activer ce peuplement au moyen des éléments
indigènes. Avec ses 625 000 kilomètre carrés, Madagascar
pourrait aisément nourrir plusieurs dizaines de million
d’habitants. Le pays en compte à peine 3 millions et demi,
18 000 Européens dont les neuf dixièmes Francais et