MADAGASCAR
La société franco-malgache que nous fondons est
éloignée de plus de 10 000 kilomètres de la métropole,
elle devra donc, le plus tôt possible, posséder les forces
nécessaires à sa défense personnelle. Cette nécessité, im-
posée par la nature des choses, heurtera peut-être cer-
taines conceptions routinières plus ou moins apparentées
aux vieilles idées du pacte colonial, dont la politique fran-
çaise a peine à se détacher. Il faudra cependant s’y sou-
mettre et reconnaître que seule l’école de la responsabilité
est propre à former le caractère des peuples comme
celui des hommes.
[1 dépend de nous que cette indépendance inévitable
accroisse notre puissance nationale et sauvegarde l’avenir.
Si notre race, en France, n’est malheureusement pas,
dans les conditions présentes, assez prolifique pour peu-
pler, elle retrouve heureusement sa fécondité dans les
colonies, comme nous le voyons dans l’Afrique du Nord,
et au Canada ; elle possède aussi des vertus d’assimila-
tion sans égale, qui lui permettent de greffer son âme
sur celle des races indigènes et de créer, par cette sorte
de métissage, une population fille de la terre malgache
et de la pensée française. Ces qualités spéciales nous
ont conquis au cours des siècles une clientèle immense
de dévouements fidèles et précieux. Utilisons-les avec
diligence. Appliquons-nous à grossir le noyau de ces
16 000 Français déjà fixés dans la Grande Ile ; que l’in-
dustrie, le commerce, l’agriculture, la finance de notre
pays dirigent vers celle que nos ancêtres appelaient
« la France antarctique », leurs efforts et surtout leur
jeune personnel. Essaimons l’énergie intellectuelle et
morale de la France à défaut de bras. Sa puissance de
rayonnement, d’attirance et de pénétration ont fait des
conquêtes dans maints pays qui ont résisté aux pires
vicissitudes. Elle sera l’animatrice de notre colonisation,
et puisque les peuples mnalgaches n’ont pas d’histoire,
ils adopteront plus facilement la nôtre.
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