LA SYRIE
concerne, comme il dit, les « communautés détachées de
l’Empire ottoman », objets des mandats À, qui sont
sans conteste autrement évoluées que les peuplades de
l’Afrique noire et des terres australasiennes pour les-
quelles ont été constitués les mandats B et C.
Ce n’est pas par une simple précaution oratoire, qui
s’impose à l’homme chargé de représenter le mandat
syrien et libanais auprès de la Société des Nations, que
j'ai tenu à bien différencier, en commençant, le mandat
des dominations coloniales. C’est parce que je crois que
nous avons tout intérêt à y voir très clair dans les con-
ditions dans lesquelles notre action doit s'exercer en
Syrie et au Liban : la clarté des définitions conduit à la
netteté des politiques. Et j'ajoute qu’il me paraît que
nous devons d’autant moins être tentés de nous dissi-
muler notre statut de mandataire et biaiser avec lui
que je suis convaincu qu’il répond à la nature des intérêts
que nous avons à sauvegarder dans les pays syriens.
Cette affirmation, qui est un commencement de réponse
à la première des questions que je viens d’énoncer, doit
être justifiée. Elle me paraît l’être par la nature même
du patrimoine que des siècles de prestige et d’efforts
généreux nous ont donné à défendre dans le Levant.
Qu’étions-nous dans les pays syriens à la veille de la
guerre : rien dans le domaine du gouvernement et de
l’administration, beaucoup dans le domaine économique,
presque tout dans le domaine de la culture. Les grandes
entreprises de développement : port de Beyrouth et
réseau de chemin de fer presque toul entier (plus de
700 kilomètres) étaient l’œuvre de sociétés et de techni-
ciens français. Le développement de la sériciculture au
{iban était, pour une bonne part. le résultat de l’activité
des Lyonnais.
Nos écoles et celles de nos clients libanais et gyriens,
subventionnées par nous, enseignaient à plus de quarante
mille enfants notre langue, dont la connaissance était
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