30-- L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
considérée comme le critérium d’une bonne éducation.
Je me rappelle encore la surprise que j’eus, en débarquant
à Beyrouth en novembre 1919, dans l’équipe du général
Gouraud, de trouver cette ville et le Liban plus francisés
que presque toutes les régions de l’Algérie après quatre-
vingt-dix années de domination française. Pour nous
donner cette emprise prodigieuse, il avait suffi que le
gouvernement de l’ancienne Turquie, qui avait avec la
France de.très vieux pactes et de très vieilles traditions
d'amitié, fit un milieu tolérant au travail de quelques
entrepreneurs et ingénieurs, qui rapportaient à la France
au lieu de lui coûter, et surtout d’un petit groupe de con-
gréganistes français payés principalement en’ traites sur
l’éternité.
Pourquoi, pensera-t-on, si tel était notre patrimoine
et son prix de revient, si l’on peut dire, magnifiquement
modique, ne s’est-on pas contenté de laisser les bons
Français dont il vient d’être parlé continuer sous un
gouvernement indigène leur tâche patriotique? Pourquoi
avoir entrepris en Syrie une œuvre dont on peut, par
analogie, parler dans une série d’exposés consacrés à
notre empire colonial? Pourquoi avoir été assumer des
responsabilités directes, militaires, gouvernementales et
administratives dans un pays où nous n’avions eu besoin
de rien de tel pour nous faire une place unique, pays d’ail-
leurs”excentrique aux régions où nous exercions notre
puissance et où nous n’avions pas, comme dans l’Afrique
du Nord, à consolider un empire, dont la conservation
est vitale pour la France, et à en couvrir les approches?
L'idéal eût été, en effet, que la guerre ne changeät rien
aux nécessités de notre action en Syrie et au Liban. Mais
le malheur est qu’elle devait les changer en altérant
profondément le milieu. Les provinces qui ne pouvaient
manquer d’être détachées de l’Empire ottoman étaient
hors d’état, pour une foule de raisons, de se muer du jour
au lendemain en pays se maintenant et se gouvernant