86 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
tel effectif que l’on administre un pays contenant plus
de deux millions d’habitants. Il faut ajouter que, sur
ce total, 222 agents techniques sont engagés, soit par
les États, soit par les administrations communes aux
États, servent donc au titre indigène et ne sont pas des
agents de mandat. Ils sont dans la même situation que
ces Anglais, fonctionnaires de l’Irak, que le gouverne-
ment de Bagdad a engagés en vertu des accords passés
entre l'Angleterre et le roi Fayçal qui réservaient au man-
dataire ce moyen indirect d’assurer la bonne adminis-
tration du pays.
On a dénoncé aussi, pour nous accuser de ne pas appli-
quer le mandat, l'insuffisance des attributions données
aux conseils représentatifs créés en 1922 au Liban et
en 1923 dans les autres États, et qui sont élus au suffrage
universel à deux.degrés dont le mandat a hérité du
régime ture, mais dont il a beaucoup amélioré l’usage.
Ces corps ont été dotés d’un pouvoir de décision en
quelques matières et du droit d’émettre des avis et des
vœux dans toutes les autres. Il faut bien voir que cela
mènerait en pratique les conseils élus à pouvoir décider
de tout ce qui intéresse l’État, pour peu qu’ils usent avec
quelque sagesse des droits qui leur sont donnés. Se repré-
sente-t-on, en eflet, des Français ayant à exercer le
mandat se refusant, sans autre mobile que l’autorita-
risme, à sanctionner les vœux raisonnables émis par les
représentants qu’ils ont appelé les populations à élire?
En réalité, le régime adopté il y a déjà cinq ans —
et je ne parle même pas de la constitution encore plus
libérale que M. de Jouvenel a promulguée au Liban —
a donné aux États sous mandat une organisation indi-
gène complète, législative et administrative, qui, si elle
fonctionnait d’une manière convenable, pourrait, dès
aujourd’hui, gouverner le pays sans que le mandataire
ait guère à intervenir. Si bien que l'autorité du mandat
pourra en fait cesser de s’exercer dans toute la mesure où