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autorité dans l’Afrique du Nord, sensible à tout ce qui
se fait et se dit dans le monde islamique, et à notre crédit
moral dans le monde entier. Elle intéresse donc la soli-
dité de tout l’empire colonial qui est l’objet de cette
série d’exposés. C’est une pente bien glissante que celle
où s’engagerait un peuple en laissant croire aux autres et
surtout à lui-même qu’il commence à liquider ses posi-
tions nationales : personne n’estimera que, précisément
à l’heure où nous sommes, elle ait besoin d’être savonnée.
Pour parler chiffres, on doit faire observer que, en
1923 et en 1924, le prix de revient du mandat, tant mili-
taire que civil, se tenait aux environs de 200 millions, et
encore conviendrait-il de déduire de ce total les dépenses
que la troupe aurait faites mêmes dans les garnisons de
France. Sans doute la charge a lourdement augmenté
en 1925 et en 1926, mais il faudrait beaucoup de pessi-
misme en ce qui concerne la nature des choses et beau-
coup d’optimisme en ce qui concerne les responsabilités
des hommes, pour considérer comme un accident inévi-
table, un cas de force majeure, la situation que nous avons
subie pendant dix-huit mois dans nos pays de mandat.
On doit donc revenir au total de 200 millions, soit à
un deux-centième environ du budget de la France. Ce
n’est pas une somme excessive pour maintenir le legs de
notre passé au Levant et remplir nos devoirs envers les
vieilles clientèles que nous y avons. Et encore ce total
de 200 millions doit-il s’abaisser graduellement. L'article 2
du mandat permet de faire contribuer les pays qui en sont
l’objet aux dépenses militaires du mandataire. Son ar-
ticle 15 prévoit que, dès l'entrée en vigueur du statut
organique, un arrangement sera passé entre les gouverne-
ments sous mandat et le mandataire pour le rembourse-
ment à ce dernier de toutes les dépenses d’intérêt
permanent faites par lui dans le pays.
Nous devons donc être remboursés en partie de nos
dépenses passées et être soulagés dans une mesure gran-
LA SYRIE