Full text: L' empire colonial français

NOS VIEILLES COLONIES 111 
L'ile de la Réunion, dont l’histoire ressemble étran- 
gement, je l’ai dit, à celle du Canada, a eu cette fortune 
singulière d’attirer et de retenir les émigrants de toutes 
les provinces de France. Depuis le jour de juin 1638 où 
le capitaine Gaubert, commandant la flûte la Dieppotse, 
arbora « contre un tronc d’arbre » les armes de 
Louis XIII, roi de France, l’île qui n'avait alors aucun 
habitant reçut la visite des navires qui, à la recherche 
des épices, cinglaient de là vers les rivages de l’Inde. 
Pronis, en 1642, y amena les premiers colons qui n’étaient 
d’ailleurs que des esclaves malgaches révoltés. Puis, 
en 1662, vingt colons libres vinrent s’y installer, la plu- 
part avec leurs femmes, et leurs noms sont encore portés 
par leurs descendants. Quels étaient donc ces aventuriers 
qui abandonnaient leur village natal pour cette île loin- 
taine en partie inexplorée? « C’étaient des gens du peuple 
et de la petite bourgeoisie évidemment qui, fatigués de 
mener en France une existence mesquine et misérable, 
avaient été séduits par les prospectus de la Compagnie des 
Indes orientales, par le renom de fertilité de Bourbon, par 
les bruits que les dirigeants, Louis XV tout le premier, 
faisaient autour de cette affaire. » C’est un peu, comme on 
le voit, l’histoire des Antillais et de la Compagnie royale. 
[ls s’y fixèrent, y firent souche d’honnêtes gens et aujour- 
d’hui cette île minuscule de 200 kilomètres de tour, déserte 
il y a à peine trois siècles, compte 180 000 habitants. 
Beaucoup d'officiers de la Compagnie des Indes quittèrent 
le service pour devenir dans l’île propriétaires et agricul- 
teurs. Le plus pur sang français coule donc dans les veines 
des créoles de la Réunion qui malheureusement, comme 
aux Antilles, s’anémient faute de recrues nouvelles. Au 
dix-huitième siècle, l’île Bourbon est déjà riche et prospère. 
Elle est la principale escale des bateaux de la Compagnie 
se rendant à Madagascar et au pays fabuleux de l’Inde. 
Deux hommes ont été les créateurs de cette prospérité : 
l’un Mahé de la Bourdonnais. l’autre Poivre qui introduisit
	        
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