Full text: L' empire colonial français

112 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS 
dans l’île les plants de tous les arbres fruitiers qui en sont 
aujourd’hui une des principales richesses et qui organisa, 
avec l’aide du savant Joseph Hubert, la culture ration- 
nelle de la canne. Plus tard, les Réunionnais, grands 
voyageurs, ont essaimé. Ce sont eux qui furent les pre- 
miers colons de Madagascar et qui y viennent aujourd’hui 
toujours plus nombreux. On vit des Réunionnais à Dji- 
bouti ; on en rencontre en Indochine, ils ne sont pas rares 
en Chine ni en Nouvelle-Calédonie ; d’autres contour- 
nant l’Afrique gagnèrent le Canada et le Brésil. En 
raison de l’exiguïté de l’île, le Réunionnais est par 
essence migrateur. « Ainsi la marée de ses fils couvre les 
rivages de la mer des Indes et la mer des Indes reflne 
vers elle. » 
Ces trois îles sont donc essentiellement françaises de 
cœur et de volonté. « Bourbon aux Bourbonnais, la Gua- 
deloupe aux Guadeloupéens » sont des formules qui n’ont 
cours que pendant les périodes électorales. Toutes les trois 
nous sont fidèles, la guerre l’a bien prouvé, mais la Mar- 
tinique a pour nous une prédilection particulière. 
S'il fallait donner une preuve des sentiments français 
de ces vieilles colonies, il suffirait de citer le nom de tous 
les hommes qui, dans les lettres, les arts, les sciences et 
la politique, nous ont fait honneur et ont enrichi notre 
patrimoine national. Voici, à la Réunion, Parny qui, avec 
ses Poésies fugitives et ses Elégies, fut, je crois bien, le 
plus séduisant et le plus tendre des poètes élégiaques du 
dix-huitième siècle. Après lui, Lacaussade, avec ses 
Poèmes antiques et ses Poèmes et paysages, et, au sommet, 
dominant tous les autres, le grand prêtre du Parnasse, 
l’impassible Leconte de Lisle. Bien souvent, dans ses 
Vers harmonieux, et qu’il s’efforce vainement de faire 
impersonnels, l’amour de sa petite patrie le trahit malgré 
lui (la Bernica, la Ravine Saint-Gilles), et c'est aussi de 
la Réunion que nous est venu Léon Dierx qui, en son 
temps, fut proclamé prince des poètes et dont certains de
	        
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