16% L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
Si nous n’avons pas encore, à l'heure actuelle, à nous
resséntir d’une. concurrence industrielle de nos propres
colonies à l’égard de Vindustrie métropolitaine, du moins
devons-nous faire attention à la concurrence étrangère
qui, en 1924, a introduit dans nos colonies un peu plus
du tiers des produits qu’elles importent. Je vous ai indiqué
tout à l’heure quelles considérations avaient présidé à
la naissance de l’industrie coloniale ; je dois maintenant
vous montrer comment, pourquoi et dans quelles limites,
il a fallu ouvrir nos possessions lointaines aux exporta-
tions étrangères.
Tous les pays, ai-je dit, ont commencé par pratiquer
le système du pâcte colonial, c’est-à-dire qu'ils se réser-
vaient le monopole intégral et exclusif du commerce avec
leurs colonies, et cela jusqu’à une époque récente. Cela
n’alla pas, on peut le croire, sans provoquer des pro-
testations parfois violentes de la part de celles-ci qui se
plaignaient d’être par là entravées dans leur essor normal
et exploitées d’une manière abusive.
Chez nous, en 1866, après une série de concessions de
détail qui ne terminèrent pas le conflit, un sénatus-con-
sulte vint brusquement bouleverser le régime antérieur :
chaque colonie eut désormais le droit d'instaurer, à l’en-
trée de ses frontières douanières, un tarif qui, sous le nom
d’octroi de mer, frappait également les produits étrangers
et les produits métropolitains. À un système beaucoup
trop protectionniste on substitua ainsi un système beau-
coup trop libre-échangiste ; ce fut au tour des industriels
et commerçants de la métropole de se plaindre de ce que
la France, continuant à faire des sacrifices financiers pour
les colonies. celles-ci ne réservaient aucun avantage éco-
nomique aux contribuables de la mère patrie.
C’est ainsi qu’on en est arrivé au régime actuel, qui est
une sorte de compromis entre ces idées extrêmes. Quand
notre régime douanier a été réformé ‘en 1892, la loi a
décidé que ce régime douanier serait intégralement appli-