76 L'EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
actuel continuait, que le cacao en fit autant. Et après le
cacao, les oléagineux, le thé et le café même. D'autres
encore. Mais pour deux ou trois produits considérables, qui
représentent pour le commerce français des sorties d’ar-
gent se chiffrant par milliards, je veux dire pour la soie,
la laine et le coton, je pense qu'il serait périlleux d’at-
tendre avant de longues années (que je mesurerais au
moins par un quart de siècle) que ce que notre industrie
en emploie pût être tiré de nos propres domaines. Et j'en
vais dire les raisons.
Après quoi, pour rester dans l’esprit d’un programme
d’action, je dirai par quelles mesures on pourrait pré-
parer, et déjà l’on prépare, la réalisation de nos désirs
et de nos espérances.
Voici, par exemple, deux produits d'importance capi-
tale dans l’industrie française : le coton et la laine.
Le coton, nous en consommons 350 000 tonnes (1925)
d’une valeur supérieure alors à 4 milliards 100 millions.
Nous le tirons principalement d’Amérique, des États-
Unis. Et, ce faisant, nous imitons tous les peuples qui
filent le coton et le tissent. Mais, depuis un certain nombre
d’années, ces peuples croient avoir des raisons de s’alar-
mer et redoutent que la production américaine ne devienne
un jour rçoins abondante ou qu’à la supposer demeurant
égale à elle-même, il ne leur soit refusé d'y puiser aussi
libéralement qu’ils le peuvent faire actuellement.
Les États-Unis ont maintenant comme filateurs et tis-
seurs une telle puissance de production et une si grande
consommation qu’on s'attend à les voir absorber, de leur
propre récolte, pour leur propre industrie, une quantité
de coton toujours croissante, qui pourrait s'élever un jour
jusqu’à la totalité, en sorte que les nations européennes
seraient exposées à voir leur industrie cotonnière manquer
de la matière première même. Ce danger, les intéressés
ne l’ont pas tenu pour négligeable, puisque ceux qui l'ont
pu se sont efforcés depuis une douzaine d'années, pour