Full text: L' empire colonial français

LA VALEUR MILITAIRE DES COLONIES 195 
ravitailler que dans les ports soumis à son propre pavillon 
ou à celui d’une puissance alliée. Vous avez tous présente 
à l’esprit l’odyssée de l’escadre russe envoyée en 1905 
de Cronstadt à Vladivostock, qui ne put accomplir son 
périple de 16 000 milles que grâce à une amitié étrangère 
aussi fidèle que rare : l’amitié de la France. 
La dernière guerre offre des exemples encore plus frap- 
pants : 
Les Alliés déclarent l’Allemagne et l’Autriche en état 
de blocus. Seules des forces légères font de rapides incur- 
sions dans les eaux territoriales. C’est avec Bizerte comme 
base que l’armée navale française croise dans le canal 
d’Otrante. C’est à Gibraltar et à Suez que doivent se 
faire visiter tous les navires en entrant en Méditerranée. 
Bientôt ces bases ne suffisent plus aux Alliés, qui profitent 
des incorrections politiques de la Grèce pour occuper 
Corfou, Salonique et toutes les îles de l’Archipel. 
Les Empires centraux, dont les forces de surface sont 
trop faibles pour rompre le blocus, déclarent « zones de 
guerre » de larges espaces océaniques entourant la France 
et l’Angleterre où tout navire de commerce, belligérant 
ou neutre, risquera d’être détruit. Leurs sous-marins 
exercent le droit de visite, d’abord en examinant les car- 
gaisons des navires isolés qui sont, le plus fréquemment, 
coulés sans souci du sort de leurs équipages ; puis c’est 
l’attaque au canon, enfin l'attaque à la torpille sans aver- 
tissement. 
En 1917, les Allemands coulent 6 623 000 tonnes de 
navires de commerce. Leurs sous-marins croisent entre 
New-York, Dakar et Alexandrie. Le ravitaillement des 
Alliés en matières premières, en vivres, en munitions est 
si gravement menacé que les États-Unis et l’Angleterre 
doivent organiser leurs chantiers pour une production 
massive de navires de commerce. L'objectif à atteindre 
en douze mois est la production de 8 millions de ton- 
neéaux.
	        
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