LA VALEUR MILITAIRE DES COLONIES 211
prévisions si nous voulons faire œuvre d’avenir — le
Transsaharien, complété plus tard par le Transafricain,
doit nous procurer la possibilité de transporter des troupes
non seulement du nord au sud mais aussi de l’ouest à
l’est ou inversement.
Si aux débuts de 1925 le Transsaharien eût existé, on
n’aurait pas eu à enregistrer le sublime sacrifice des
postes sur l'Ouergha — dont ceux, par exemple, de
Bihane et de Beni-Der-Koul, défendus par des noirs, et
qui ont immortalisé les noms du sergent Bernès-Cambot
et du sous-lieutenant Lapevre.
À tout considérer, notre système ferroviaire africain
devrait affecter la forme d’une croix lorraine : une per-
pendiculaire : le Transsaharien, d’Oran à Ouagadougou,
et deux transversales : celle du nord, de Casablanca à
Bizerte ; celle du sud, de Dakar au Tchad.
Or, la perpendiculaire qui devrait être la base du sys-
tème, l’arête dorsale sur laquelle viendraient s’embran-
cher les transversales, n’existe pas. La transversale du
Nord serait déjà constituée si elle n'offrait, entre Fez et
Oudjda, une interruption de voie large qu’on est fort
heureusement en train de combler ; celle du Sud, par le
Thiès-Kayes, s'arrête à Koulikoro. Elle devra être pro-
longée jusqu’au Tchad, car, au point de vue politique et
diplomatique, il n’est pas indifférent qu’on sache que nous
pourrions tout aussi bien transporter 20 à 30 000 hommes
sur les frontières du Soudan égyptien, que sur nos ports
de l’Atlantique où au Maroc.
En somme, tant pour la défense de la métropole que
pour celle de l'Afrique française totale, le Transsaharien,
appelé à devenir plus tard le Transafricain, apparaît
comme un puissant et indispensable moyen stratégique
pour prévenir, par le seul fait de son existence. des acres-