Full text: L' empire colonial français

LA VELEUR MILITAIRE DES COLONIES 231 
nuit, le régiment, sans se laisser entamer un seul moment, 
refoule sept assauts de toute la division d’Erenkeni. Deux 
mille cadavres gisent devant nous, on se bat toute la journée 
du lendemain, nous faisons plus de 500 prisonniers et à huit 
heures du soir, quand la diversion est jugée suffisante et que 
l’ordre arrive de rembarquer, l’opération se fait dans le plus 
grand ordre pendant que les Turcs trompés par l’activité 
qu’ils observent du côté de la plage croient à un débarque- 
ment de renforts et continuent leur arrosage méthodique de 
marmites. Une seule fut meurtrière, elle tomba dans un groupe 
et nous mit une quarantaine d'hommes hors de combat. 
Pour jeunes de service qu’étaient ces.noirs qui s’illustrèrent 
à Koum-Kaleh, on en avait fait cependant des tirailleurs 
avant de leur faire quitter le Sénégal. Il n’en a pas toujours 
été de même, et l’instruction qu’on ne leur donna qu'après 
leur arrivée en France n’eut pas les mêmes heureux résultats. 
Quelques critiques venues de Gallipoli ont été une indication 
qui a été mise à profit. 
Sans prétendre énumérer tous leurs prodiges de valeur 
sur l’Aisne et sur l’Yser, j'ai sous les yeux quantité de 
lettres d’officiers qui ont vécu et combattu avec eux, et 
je ne résiste pas au plaisir d’en détacher quelques pas- 
sages. Ils diront ce que pensaient d’eux ceux qui les con- 
naissaient le mieux * 
Le soldat sénégalais a prouvé depuis le commencement de 
la guerre qu’il n’avait rien perdu de son aptitude guerrière. 
Les effets de l’artillerie, particulièrement de la grosse artil- 
lerie, lui étaient inconnus. Il n’en a ressenti aucune surprise. 
Journellement, nuit et jour le bataillon était arrosé, à Reims, 
par des bordées de shrapnells et d’obus de gros calibre, Dès 
le deuxième jour, les noirs en plaisantaient et jamais, malgré 
les avertissements, ils ne se sont abrités quand ils étaient hors 
de leurs tranchées ; il y a eu des tués et des blessés, un caporal 
a eu la tête emportée, pas une fois l'artillerie n’a fait faire aux 
Sénégalais un mouvement de recul. 
Espérant les terroriser, chaque fois qu’ils se sont trouvés en 
face d’eux aux tranchées. ou en rase campagne. les Allemands
	        
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