Full text: L' empire colonial français

234 L’'EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS 
au chemin de fer. Les tirailleurs se sont bien conduits à Reims, 
puis à Arras, où aucune troupe n’aurait pu mieux faire dans 
les circonstances où ils étaient placés. 
Le froid a commencé à se faire sentir en novembre, non par 
maladie (ni rhume, ni bronchite), mais par l’ædème des pieds, 
les tirailleurs retirant leurs chaussures qui n’étaient pas faites 
pour eux. 
Ils ont marché en terrain découvert sans broncher sous une 
pluie d’obus et de mitraille de gros et de petit calibre. Leurs 
grosses pertes n’ont pas le moins du monde affecté leur moral. 
Ils ont séjourné dans les tranchées pleines d’eau sans autre 
inconvénient que de l’œdème aux pieds et des pieds gelés. 
leur capitaine, bien que blanc, a d’ailleurs eu le même sort. 
En résumé, les Sénégalais ont été de la plus admirable bra- 
voure, ils ont tenu toutes leurs promesses. Le froid ne les a 
touchés que parce qu’il rend leur sommeil lourd, mais il ne 
les atteint pas autrement et à cet égard ils sont encore supé- 
rieurs aux Algériens. Un peu plus acclimatés à la France, ils 
auraient été égaux à ce point de vue à toute autre troupe. 
Leur bravoure se manifeste en toute chose. Il est difficile 
d’amener les Sénégalais à se courber sous les balles ou à changer 
leur route quand ils sont en liaison et doivent traverser un 
endroit battu de feux. Quant aux gros obus, au début, ils en 
ont été surpris ; par la suite, leur chute les faisait rire. 
Devant Arras, dans la nuit du 24 octobre 1914, les tirail- 
leurs, terrés dans une tranchée évacuée la veille par les nôtres, 
s’élancèrent à l’assaut six fois de suite, sonnant la charge 
pour reprendre d’autres tranchées tombées la veille aussi aux 
mains de l’ennemi. Ils n’y parvinrent pas, ayant perdu presque 
tous leurs officiers et sous-officiers, mais l’attaque allemande 
contre Arras fut arrêtée et on put lire dans les journaux d’outre- 
Rhin que jamais depuis le début de la campagne attaque aussi 
acharnée n’avait été subie. 
De tout cela on peut conclure que l’hiver pour les noirs 
comme pour tout le monde en France est la saison la plus 
dure, mais qu’ils y sont d’autant plus sensibles quand 
rien n’a été fait pour les acclimater. Il faut prévoir et
	        
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