LA VALEUR MILITAIRE DES COLONIES 235
chercher à parer à cette nécessité. Les noirs qui viennent
isolément en France s’y acclimatent bien vite et se con-
fondent avec la population au point de vue des heures
de travail et de la résistance au froid. L'Afrique du Nord
offre des climats de transition entre ceux de l'Afrique
au sud du Sahara et ceux d’Europe. On peut en tenir
compte dans les répartitions des garnisons et les mou-
vements de troupes. Mais même sans acclimatement et
en évitant les trop brusques changements et en prenant
les précautions utiles, telle que de leur donner des vête-
ments chauds au départ du Sénégal au lieu de ne le faire
en hiver qu’à leur arrivée en France, alors qu’ils ont déjà
souffert du froid en route et pendant les premiers jours
de leur débarquement, les noirs peuvent immédiatement
rendre des services. Soignons-les en France comme nous
soignons le soldat français aux colonies, et au moment du
besoin nous les trouverons dans toute leur force et leur
vigueur. Ils nous récompenseront de nos soins en ne se
ménageant pas sous les balles. Ils l'ont largement prouvé.
Ce qu’on lit dans la presse allemande, ce qu’on voit
dans les manifestations allemandes, alors que nous savons
qu’une campagne de presse allemande de trois semaines
réveillerait toutes les haines, sans aucun souci de la vérité,
nous fait penser qu’une dépêche d’Ems et des vols ima-
ginaires d'avions de bombardement sont toujours pos-
sibles et qu’il ne faut rien négliger de ce qui peut nous
rendre forts.
Et maintenant, après la guerre, j'ai cherché aux sources
les meilleures, les plus récentes et les plus autorisées, ce
qu’on dit de nos troupes noires et de leur recrutement et
des résultats auxquels ont concouru les premiers pion-
niers, « alors que, comme le dit le général Mangin, nous
faisions la guerre sans haine, que les populations délivrées
accueillaient avec joie leurs libérateurs et que, dans les
ennemis mêmes, nous vovions toujours nos soldats de
demain. »