L’APPORT INTELLECTUEL DES COLONIES 274
tations de comédies de Molière traduites en annamite
ou le succès obtenu par les traductions de certaines fables
de La Fontaine et des Contes de Perrault dues à
M. Nguyên van Vinh (1); de là les efforts de M. Albert
Sarraut et de ses successeurs pour donner satisfaction
aux désirs de la population indigène de l’Indochine
et pour agir en même temps au mieux des intérêts bien
entendus de la métropole. Les efforts tentés au double
point de vue scientifique et technique pour créer un ensei-
gnement supérieur — l’Université indochinoise d’Hanoï
— et pour développer, au double point de vue général
et professionnel, l’enseignement complémentaire et l’en-
seignement primaire, n’ont pas tous été d’un égal succès,
mais la victoire de l’enseignement franco-indigène sur
l'enseignement traditionnel local s’avère complète ; ne
comptait-on pas, en 1924, plus de 165 000 élèves dans les
seules écoles primaires? et n’a-t-on pas vu tout récemment
des Annamites demander l’enseignement de « beaucoup
de français » dans les écoles primaires de la contrée, et
réclamer, en alléguant des arguments très sérieux, un
enseignement scientifique uniquement donné en français?
L’abondante diffusion de manuels comme les Cinq Fleurs,
l’intéressant, instructif et charmant précis de Géogra-
phie de l’Indochine dû à M. Jean Marquet, l’auteur du
beau livre intitulé De la Rizière à la Montagne, activera
sans doute encore le mouvement (2). Même les filles sont
:1) Sait-on qu’en une dizaine d'années, plus de 100 000 exemplaires
de la traduction des Fables de La Fontaine et près de 260 000 exem-
plaires de celle des Contes de Perrault, dues à M. Nguyên van Vinh,
ont été achetés par les Annamites? Ce succès a suggéré l’idée de
fonder « la Pensée de l’Occident », qui veut faire connaître aux
lecteurs du quôc-ngu, c'est-à-dire des caractères chinois très sim-
plifiés, une série d’ouvrages occidentaux, et surtout français,
devenus populaires. Ainsi les écarterait-on sans doute de la lecture
de traductions annamites de romans chinois, aujourd’hui très popu-
laires par toute l’Indochine.
(2) Jean MarquET, les Cinq Fleurs : l’Indochine expliquée. Pus