L’APPORT ARTISTIQUE DES COLONIES 281
c'est faire, en vérité, un bien petit voyage dans l'espace,
mais à travers notre passé c’est une immense randonnée.
Quel passé? Tout notre passé. Notre passé gréco-latin,
at notre passé du moyen âge.
Oh! ce n’est pas qu’au Maroc vous trouverez de mer-
veilleux vestiges de la civilisation romaine. Non. Les
ruines de Volubilis, dont l’are de triomphe domine tou-
jours, du haut de son plateau, l'immense étendue de la
plaine, Volubilis a bien son intérêt. Pourtant c’est peu
de éhose si on compare ce reste de la force romaine aux
vestiges grandioses qu’elle a laissés en Algérie, en Tunisie,
à Timgad, à Tebessa, à Dougga ou à El Djem. Mais en
quittant ces pierres et cette froide archéologie, faites seu-
lement deux kilomètres à travers une forêt d’oliviers,
qui n’est qu’un vaste bois sacré, vous arrivez à une petite
ville, la petite ville de Moulay Idriss, et vous voici en
pleine vie antique. J’y suis entré un jour de fête. Toutes
les tribus environnantes s’étaient réunies là pour sacri-
fier des bœufs dans la mosquée d’Idriss, le fondateur et
le patron du Maroc. Les bêtes étaient couronnées de
rubans et de feuillages. Des joueurs de flûtes les précé-
daient, et aussi des joueurs de tambourins. Les hommes
dansaient devant les bœufs, les femmes poussaient des
vris aigus. On avait sous les yeux le cortège d’une héca-
tombe antique, un cortège grec ou romain, qui se dérou-
lait là avec les mêmes couleurs, les mêmes formes et les
mêmes rites que deux mille ans plus tôt, sur la colline
d’en face, là-bas, à Volubilis, quand on y sacrifiait à
Jupiter ou à Vénus. Il semblait que tout l’effort des
temps, l’effort de deux mille ans n’eût abouti, en fin de
compte, qu’à faire changer de colline à ce cortège.
Et c’est là la raison pour laquelle le Maroc m'intéresse
beaucoup plus que l’Algérie. Les pierres y sont moins
éloquentes, mais l’humanité m’y parle davantage. On y
trouve une vie, une humanité antique infiniment moins
touchée par les siècles qu’en Algérie ou en Tunisie. Dans