290 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
rien là-bas ne blesse le regard, et qui ne s'étend pas seule-
ment aux choses mais à l'humanité même, les formes, les
couleurs et tout le pittoresque délicieux de la rue. Depuis
Eugène Delacroix jusqu’à Bernard Boutet de Monvel,
les peintres du Maroc composent toute une confrérie.
Enfin, si on se demande, d’une façon un peu plus géné-
rale, en quoi cette vie marocaine peut influencer heureuse-
ment l’esprit de tous les gens qui s’y mêlent, et non pas
seulement l’esprit d’un architecte, d’un musicien, d’un
littérateur ou d’un peintre, on pourrait dire ceci : pas
plus qu'ailleurs, tout n’est pas noble au Maroc, mais
extérieurement tout y a l’aspect de la noblesse. Là-bas,
rien n’est vulgaire, pas même la plus extrême misère.
Une noblesse, dont nous avons à peu près perdu l’idée dans
nos rapports aflairés les uns avec les autres, continue de
donner là-bas sa couleur à la vie. Et ne rapporterions-nous
d’un voyage au Moghreb que-cette idée, qu’un certain
calme, une sérénité immuable, une politesse qui ne se
dément jamais, ajoutent à la beauté et au bonheur de
l’existence, ne rapporterions-nous que cela, nous n’aurions
pas perdu notre temps au Maroc.