346 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
selon l’expression courante, une grande puissance musul-
mane, et il est clair qu’elle n’a pas le droit de se désin-
téresser des questions islamiques.
L’Islam — c’est une vérité assez banale aujourd’hui,
mais qu’il faut tout de même rappeler — est plus qu’une
religion : c’est tout un monde, séparé du nôtre par les
moindres détails de sa vie.
C’est une religion, sans doute, et singulièrement impé-
rieuse. Le dogme en est simple : c’est la croyance en
l’existence et la toute-puissance d’un Dieu unique, adoré
sans images, et dans la mission du prophète Mahomet qui
servit d’intermédiaire entre Lui et les hommes ; c’est
aussi la croyance à l’immortalité de l’âme et aux sanctions
éternelles.
La prière est en somme le seul rite du culte isla-
mique, une prière toute mécanique et qui n’a rien d’une
effusion : la récitation, à cinq heures différentes de la
journée, de formules dans lesquelles le nom d’Allah et de
ses attributs revient avec persistance.
Cette religion aux contours nets se tient, plus que toute
autre, sur une constante défensive. L’Islam arme ses
fidèles d’un farouche orgueil religieux ; il leur commu-
nique le mépris du païen, du juif et du chrétien ; ce sont
à ses yeux des chiens, des suppôts de Satan, des êtres
« lapidables », qu’on peut à la rigueur tolérer quand ils
sont utiles et paisibles, mais qu’il faut en tout cas mater
et tenir en respect. Il est donc nourri de xénophobie et
de fanatisme, et par là contient, si l’on peut dire, toute
une politique extérieure : il conquiert, il soumet ou, faute
de mieux, il s’isole.
Il contient aussi toute une organisation de gouverne-
ment. Il confond dans une même personne, il réunit dans
une même main l’autorité relisieuse et l’autorité poli-