300 L'EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
La défense du Saint-Sépulcre avait attiré et retenu en
Syrie une foule de seigneurs, d'hommes d’armes et de
marchands, appartenant à tous les peuples d'Occident,
mais à la France d’abord.
Comme les conflits étaient fréquents entre les diffé-
rentes nations, cetté grande entreprise collective des
Croisades échoua finalement ; mais la lutte n’en fut pas
moins poursuivie avec une remarquable ténacité, et les
forteresses de Syrie attestent maintenant encore que les
Francs, en s’installant dans ce pays, avaient bien la ferme
intention d’y rester toujours.
Le comté de Tripoli surtout fut solidement fortifié.
On en fit un véritable camp retranché, composé de toute
une série de citadelles puissantes qui gardaient les pas-
sages des monts Ansaryés et maintenaient libre la route
de Homs. D'ailleurs les villes du centre, Homs même, et
aussi Damas, Hama, Alep avaient conservé leur autono-
nomie, bien qu’elles fussent obligées de payer tribut à
l’un ou l’autre de ces grands ordres de chevalerie qui
étaient le plus ferme rempart du Royaume Latin.
De tous les châteaux forts qu’ils ont construits, c’est
celui de Kalaat-el-Hosn ou le Krak qui donne la plus
haute idée de leur génie et de leur richesse. Il a été bâti
au début du treizième siècle, sur un plan si vaste que les
habitants d’un village entier s’y meuvent à l’aise, et de
telle sorte que, en dépit des assauts subis, il est aujour-
d’hui à peu près dans l’état où les chevaliers de l’Hôpital
l’abandonnèrent au mois d’avril 1271. -
À côté de leurs châteaux, les Croisés ont laissé en Syrie
un assez grand nombre d’églises. Les plus dignes d'intérêt
se trouvent toutes sur la côte et trois surtout sont remar-
quables : celles de Beyrouth et de Djebaïl (Byblos),
placées toutes les deux sous le vocable de saint Jean, et
plus encore la basilique de Tortose (aujourd’hui Tartous).
dédiée à Notre-Dame, et construite avec une science et un
soin qu’on rencontre rarement. même en France.