LES PROBLÈMES GÉNÉRAUX 347
tique ; il instaure une théocratie parfaite. En pays musul-
man, la mission de gouverner l’État et de défendre la foi
revient régulièrement à un calife, issu de la famille de
Mahomet, — parenté qui lui confère le titre de chérif.
Ainsi, le Coran est à la fois un livre saint, un code reli-
gieux et la charte constitutive de l’État musulman. Et
c’est aussi un code civil et un code pénal. Toute l’orga-
nisation familiale et sociale est, en effet, réglementée par
l’Islam, qui établit, par exemple, la légitimité de la poly-
gamie.
L’Islam apporte encore toute une morale, simple sans
doute, mais nettement formulée et liée intimement à la
vie religieuse. Certaines de ses obligations, empruntées
au judaïsme et au christianisme, mais élargies et renfor-
cées, communiquent à l’ensemble de la vie individuelle
et sociale une saisissante allure de noblesse : tel le prin-
cipe de l’égalité humaine, qui trouve un magnifique sym-
bole dans les cimetières musulmans, champs de pierres
anonymes où rien ne distingue le riche du pauvre ; tel
aussi le principe de l'aumône obligatoire et la sollicitude
pour les mendiants et les infirmes.
Mais voici surtout ce qui domine cette morale et donne
sa couleur propre à l’âme musulmane : aucune religion
n’a formulé avec autant de vigueur ce devoir par excel-
lence, l’obéissance à la loi de Dieu. C’est le sens même dn
mot Islam, et de là est né tout naturellement le fatalisme
le plus complet et le plus constant. Frappé par le malheur,
même le plus injuste en apparence, le musulman dit :
« C’était écrit ! » ou bien : « Allah est grand ! » Nulle action
ne s’engage, nul accord ne se conclut, sans qu’on ne fasse
‘ntervenir la volonté divine, sans qu'on ne prenne soin
de se remettre en sa main. La moindre conversation est
ponctuée de formules comme celles-ci : « Que Dieu aide !
Que Dieu supplée ! Que Dieu donne ! » et si l’on forme le
plus insignifiant projet, il est de toute nécessité d'ajou-
ter : « Si Dicu le veut ! » On devine qu’un bon musulman