L’AFRIQUE DU NORD
ty
existe, en géologie, un phénomène appelé « métamor-
phisme » : quand une masse de calcaire ou d'argile est
traversée par un jet de minéraux cristallins portés à
une haute température et qu’elle est en même temps
comprimée de toutes parts, elle change d’aspect, de den-
sité, de qualité. Elle devient du marbre ou du schiste,
elle se métamorphise. De même, au contact de la race
européenne, et, pour ainsi dire, surchauffée par elle,
l’Arabo-Berbère ne change pas dans son essence. Il
demeure Arabe, Berbère et musulman, de même que
le marbre, en somme, reste toujours du calcaire. Cepen-
dant cet indigène n’est plus ce qu’il était. Il ne pourrait
plus supporter de vivre autrement qu’il s’est accoutumé
à vivre sous l’influence de la race qui l’entoure, le presse,
le dirige. Il est « métamorphisé. » Il ne redeviendra
jamais ce qu’il était.
Mais l’Européen est aussi métamorphisé. Il se méta-
morphise par la pratique habituelle du commandement,
et par les possibilités que lui offrent un sol neuf. Le Fran-
çais, l’Italien, l’Espagnol ne sont dans leur pays d’ori-
gine, ni autoritaires ni entreprenants. Ils le deviennent
en Afrique du Nord. « Nous sommes, fait dire à un colon
algérien le romancier Robert Randau, des laboureurs-
soldats, des laboureurs-aventuriers. Fatalement, nous
devenons les seigneurs de la terre. » Cet esprit d’entre-
prise se rapproche assez de l'esprit américain. Et, même
dans la politique, il commence à réagir jusque sur la
métropole : Étienne, Viviani, Thompson nous vinrent
d’Algériens ; ils ont montré, dans la vie politique, une
hardiesse et un réalisme, tout à la fois, qui a paru neuf
au Français de France.
Le commerce général de l’Afrique du Nord s’est
chiffré en 1925 par 8 milliards 770 millions de francs,
dont près de 80 pour 100 avec la France. Sa production