L’AFRIQUE DU NORD 21
admet tout le monde — sauf au Maroc, en temps de crise
Économique où le gouvernement se voit obligé de serrer
les freins, et où il reste quelque chose par ailleurs, sous
l’empire d’exigences pressantes de politique indigène, des
conceptions du « royaume arabe » dont Napoléon III
avait eu l’idée pour l’Algérie.
On peut donc espérer que le peuplement européen de
l’Afrique du Nord continuera, non seulement par le jeu
de la natalité, mais par immigration, et désormais sur-
tout par ses deux bouts, jusqu’à ce que, à un des bouts,
la densité de la population occidentale ait rejoint celle
de l’Algérie. Mais après?
Après, il se peut que l’accroissement de cette popula-
tion européenne n’aille pas si vite qu’aux États-Unis il y
a deux siècles. Les époques sont différentes. Les exigences
du colon français ont changé, l’immigrant s'adapte moins
aisément à une vie pénible. Et dans quelle proportion
l'accroissement de la population indigène, dont il faut
se féliciter, ne limitera-t-1l pas les possibilités de l’exploi-
tation du sol par les Européens?
Il faut tenir compte de tout cela. Mais aussi lutter
contre tout cela. Par une politique de moyenne, sinon de
petite colonisation, au Maroc et en Tunisie, politique
prudente, mais continue. Et aussi par une politique de
grands travaux publics, irrigations et chemins de fer.
Car ces grands travaux publics ne font pas seulement
qu’étendre la surface des terres exploitables. Elles font
venir « du monde », ouvriers et techniciens. Et, parmi
ceux-ci, il en est toujours une partie qui se fixe.