LES PROBLÈMES GÉNÉRAUX 353
musulmans, et c’est là un trait de caractère que M. Brévié
a fort bien mis en lumière dans un ouvrage intitulé : Isla-
misme contre naturisme au Soudan français.
Il y a donc, — c’est tout à fait certain, mais on en doute
parfois, — des «régions » dans l’Islam africain, des régions
dont l’existence ne tient pas à des circonstances passa-
gères ni à des individus, mais à des influences profondes,
à des causes physiques, économiques, ethniques, sociales,
__ en somme à des causes qui ne changeront pas de sitôt.
Et il est non moins certain qu’il subsiste entre ces régions
des différences qui sont de vrais fossés, qui arrêtent ou
du moins contrarient grandement les communications.
Si tel entraînement collectif nous inquiète, gardons-
nous de l’attribuer automatiquement à la communauté
de foi islamique. N’oublions pas que, même dans les ré-
gions demeurées tout à fait étrangères à l’Islam, le grou-
pement social exerce sur l’individu une tyrannie que nous
avons peine à imaginer : chez les populations qui nous
occupent, l'individu n’a pas encore de valeur propre ; les
institutions et les mœurs tendent à l’absorber dans la
collectivité ; l’individualisme sera l'événement de demain,
mais de demain seulement ; l’instinct grégaire, pour le
moment, l’emporte sans effort, et c'est pourquoi nous
trouverons des phénomènes d'entraînement collectif tout
aussi caractérisés chez des Dahoméens ou des Congolais
«fétichistes » que chez des Berbères ou des Peuhls islamisés.
Par ailleurs, les mouvements d’opposition qui se ma-
festent de temps en temps chez les jeunes générations
ne sont pas nécessairement liés à l'Islam : ne prenons pas
à la lettre l’expression « Jeunes Turbans » ; elle est com-
mode, mais elle vaut tout autant pour de jeunes Congo-
lais porteurs de chapeaux et nullement islamisés que
pour les Jeunes-Tunisiens ; elle indique surtout, ar-nd on