Full text: La crise du petit commerce

— 170 — 
çants que chez les artisans *. Les coopératives, en effet, 
n’ont pas craint de réclamer la faveur officielle, comme 
si elles étaient des institutions de bienfaisance. Elles ont 
été appuyées dans cette prétention par toutes sortes de 
complicités. Le vent étant à la politique sociale, les fai- 
seurs de bien social à bon marché et à courtes vues ont 
soutenu les coopératives parce qu’elles devaient, sem- 
blait-il, amener une diminution des dépenses de l’ou- 
vrier. Il semblait tout naturel à ces messieurs de sou- 
tenir le « faible » (l’ouvrier !) contre le « fort » (le com- 
merçant !) ?. Le grand capital se devait, bien entendu, 
d'appuyer de tout son zèle d’aussi louables efforts. C’est, 
en effet, un bon point dans la lutte des classes que de 
pouvoir dire qu’on a fait quelque chose pour le bien 
du prolétariat, et, d'autre part, si l’ouvrier vit à meil- 
leur marché, il réclame avec moins de conviction. des 
augmentations de salaire. Aussi ne nous étonnerons- 
nous pas d’avoir vu les coopératives s’installer dans des 
* Parce qu’elles offraient aux premiers la possibilité de 
prospérer aux dépens des seconds, en exposant tout faits, 
dans leurs magasins, des objets qui n’étaient précédemment 
fabriqués que sur commande, pour le plus grand désavan- 
lage des artisans, au moins locaux. (Voir ce point de vue 
tel que l’expose Biermer, cité par Wernicke, Kapitalismus 
und Mittelstandspolitik, pp. 449-450.) 
? Sur l’absurdité de ces notions de « partie forte» et de 
« partie faible » appliquées aux conflits économiques, v. Le- 
roy-Beaulieu, op. cit. passim. Les formules sentimentales 
complètement fausses abondent en économie politique. Telle 
cette affirmation que l’ouvrier est la partie faible dans une 
grève ou un lock-out. Car « L’entrepreneur peut attendre, 
l’ouvrier ne le peut pas » ! Cela a-t-il empêché la plupart des 
grèves de tourner, moyennant quelques sacrifices, au profit 
final du salariat ? Il n’y a science que là où il y a objecti- 
vité, et l'introduction de questions de sentiment dans une 
discussion scientifique tue l’objectivité. Car c’est alors «sur 
ces sentiments que portent nos recherches au lieu de porter 
sur les faits qui frappent notre conscience », dit M. P. Bonin- 
segni (Manuel élémentaire d’économie politique, Lausanne, 
F. Rouge, 1930, p. 102).
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.