VI
LA QUESTION D’ORIENT.
litaire ; l’Angleterre se croit obligée d’avoir une flotte
capable de lutter contre les flottes combinées de l’Europe
entière et souffre, elle aussi, d’avoir à entretenir un instru
ment aussi coûteux sans s’en servir jamais. Pourtant, malgré
cette attitude menaçante des nations européennes, armées
jusqu’aux dents les unes contre les autres, à aucun moment,
depuis 1870, on n’a couru sérieusement le risque de voir
éclater une guerre qui aurait mis directement aux prises
soit la France et l’Allemagne, soit l’Angleterre et la Russie,
soit l’Allemagne et l’Angleterre. Les alliances formées, d’une
part entre l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie, entre la Russie
et la France de l’autre, l’amitié maritime de l’Angleterre et
de l’Italie, ne sont pas autre chose que des sociétés d’assu
rance mutuelle contre les risques de guerre directe. La
Tríplice et la Duplice ne peuvent avoir que le statu quo
pour objet immédiat en Europe, quoi qu’en aient pu penser
des patriotes échauffés en France et en Italie.
Les nations chrétiennes de l’Europe redoutent tellement
de voir se produire entre elles des conflits dont toutes com
prennent la gravité et dont aucune ne peut prévoir l’issue,
qu’elles évitent tout ce qui peut les mettre directement aux
prises. Elles savent que si la guerre finit par éclater, comme
il arrivera fatalement un jour ou l’autre, ce sera inopiné
ment, par suite de complications survenues en dehors de
leurs frontières, en Amérique, en Chine, en Afrique ou dans
l’empire Ottoman.
On ne soupçonnait pas le danger américain avant l’année
1898. La guerre, surprenante et absurde en apparence, que
les États-Unis ont entreprise contre l’Espagne, a tout à coup
fait surgir, aux yeux de l’Europe stupéfaite, la possibilité
d’une alliance anglo-américaine, où le Japon entrerait peut-
être, qui assurerait à la race anglo-saxonne la domination
des mers.
Le danger chinois était prévu depuis plus longtemps. La
rivalité de la France et de l’Angleterre en Indo-Chine a donné
depuis plusieurs années une importance exceptionnelle aux
luttes d’influence dont Pékin est le théâtre. La France a
trouvé tout à coup un précieux appui dans l’alliance de la
Russie, qui de longue date travaillait, après s’être rendue