Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

5Î LA QUESTION D’ORIENT AU XVIII' SIÈCLE, 
ail comte Orlof de soulever la Grèce : il assura l’entreprise 
facile ; des nouvelles venues des Balkans paraissaient le 
prouver. 
Une flotte russe, partie de Saint-Pétersbourg, traversa 
toute la mer Baltique, les détroits danois, fut reçue triom 
phalement dans les ports anglais. L’Angleterre alors ne 
redoutait rien de la Russie ; elle ne craignait pas encore 
ses progrès vers l’Inde ; son ennemie, c’était partout la 
France. De plus, la Russie, encore mal outillée, inhabile aux 
travaux de l’industrie, était une cliente de l’Angleterre ; 
et, en s’unissant à elle dans le Levant, celle-ci espérait 
profiter de ses victoires, obtenir des avantages commer 
ciaux, ruiner peut-être le monopole de la France. Elle con 
sentit donc à mettre au commandement des vaisseaux russes, 
à côté de l’amiral Spiridof, un ancien officier anglais, 
Elphinston, et la flotte de la tsarine, mieux conduite, bien 
pourvue de vivres et de munitions, fit voile vers le détroit 
de Gibraltar. Choiseul songea, dit-on, à la détruire au 
passage. C’eût été facile sans doute ; c’eût été le vrai moyen 
de sauver l’empire ottoman et les intérêts français dans la 
Méditerranée : le gouvernement anglais déclara qu’il ferait 
de la moindre attaque un cas de guerre. Choiseul n’osa : 
sa situation au pouvoir était à ce moment minée par l’in 
fluence de Madame Du Barry. 
La flotte russe passa, entra dans la Méditerranée. A 
Livourne, Alexis Orlof en prit le commandement suprême, 
et en avril 1770, la conduisit sur les côtes grecques. Elle 
parut en vue du Maïna, de cette région montagneuse de la 
Morée, où vivait, dans une indépendance complète, et même 
dans une continuelle hostilité contre les Turcs, une hardie 
population de klephtes, autant brigands que patriotes et 
chrétiens. Ce fut par toute la Morée une extraordinaire 
émotion. Les Grecs se soulevèrent contre le sultan: ils cru 
rent toucher le moment de la délivrance ; des légions Spar 
tiates se formèrent et se joignirent aux marins russes. Les 
Roumains et les Serbes s’agitèrent aussi ; par tout l’empire 
ottoman, les nationalités opprimées depuis trois siècles 
ressuscitaient et reprenaient les armes. 
Ce beau mouvement n’eut pas de suites heureuses. Les 
Russes s’entendirent mal avec les Grecs ; peut-être les dis 
sentiments qui séparent aujourd’hui les Grecs et les Slaves 
se manifestèrent-ils déjà. Orlof conduisit une petite troupe 
contre Tripolitza ; l’attaque échoua, un peu par la faute des
	        
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