INTÉGRITÉ ET RÉFORME DE L’EMPIRE OTTOMAN. 387
ayant « constaté la haute valeur de cette communication »,
le hatti-humayoun fut promulgué. La loi des vilayets de
1864 fut le corollaire du hatti-humayoun et appartient à la
période de la grande action réformatrice de la France à
Constantinople. La constitution de 1876 permit à Abd-ul-
Hamid de ne pas tenir compte des exigences pourtant mo
destes de la conférence de Constantinople. Ajoutons que
l'autonomie de la Crète en 1897 ne fut pas davantage l’ex
pression de la bonne volonté du sultan ; elle lui fut imposée
par l’Europe. On serait peut-être en droit de conclure que
les réformes ne furent jamais sérieusement voulues parles
sultans, même réputés réformateurs, qu’elles ne furent le
plus souvent qu’une sorte de fausse monnaie — qu’on
nous passe l’expression — dont ils payèrent les bienfaits
que l'Europe, et surtout la France, leur prodiguèrent. Et
si cette observation se peut appliquer à des souverains re
lativement honnêtes, comme Abd-ul-Medjid et Abd ul-Aziz,
que faudra-t-il penser de la sincérité d’Abd-ul-Hamid II,
qui, dès le début de son règne, cachait mal le mépris qu’il
faisait des institutions européennes, jouant la comédie de
la Constitution, renvoyant aussitôt après Midhat-pacha, et
se livrant au fanatisme d’un entourage de Derviches?
En un seul point, la réforme eut de bonne heure quel
que succès. L’antique armée des janissaires devenue
impuissante céda la place à une armée nouvelle, qui devint
le précieux instrument de la politique personnelle du sul
tan actuel. Tout en jetant de la poudre aux yeux de l’Eu
rope, en a tapissant sur la rue », comme on le disait
naguère de Méhémet, la Turquie refit sa vigueur guerrière
et retrouva la force de nuire. Ce n’était pas pour cela que
l’Europe, et surtout la France, avait entrepris la politi
que des réformes.
Et l’on put, après un siècle d’expériences, poser en fait
que l’empire turc n’était pas capable des transformations
désirables. Nous entendons bien que d’autres races, asia
tiques aussi, comme les Hongrois, ont adopté les mœurs
de l’Europe et mérité d’entrer dans la famille européenne.
Mais c’est que dès le moyen âge elles furent chrétiennes,
et que le christianisme fut le seul agent de fusion entre les
peuples les plus différents; du reste, il serait difficile de
déterminer jusqu’à quel point ces races sont demeurées
pures de mélanges, car la communauté de religion a natu
rellement permis les unions avec les autres races du même