Object: Les questions fondamentales du marxisme

4 G. V. PLÉKHANOV 
diate du « climat > sur l’homme social : on supposait que, 
sous l’influence du « climat », une « race » devenait éprise 
de liberté, une autre inclinait à subir patiemment le pouvoir 
d’un souverain plus ou moins despotique, une troisième 
devenait superstitieuse et, par suite, tombait sous la coupe 
du clergé, etc. Une pareille conception prévaut, par exemple, 
encore chez Buckle (*). Selon Marx, le milieu géographique 
agit sur l’homme par l’intermédiaire des rapports de pro- 
duction qui naissent dans un milieu déterminé, sur la base 
de forces de production déterminées, dont la première con- 
dition de développement est précisément représentée par 
les propriétés de ce milieu même. L’ethnologie moderne 
se rallie de plus en plus à ce point de vue et, par suite, 
réserve à la « race » une place de plus en plus restreinte 
dans l’histoire de la « civilisation ». « La possession d’un 
certain fonds de civilisation, dit Ratzel, n’a rien à faire 
avec la race en soi » (26). 
Mais une fois qu’un certain état de <« civilisation » est 
atteint, il exerce incontestablement son influence sur les 
qualités physiques et psychiques de la « race » (**). 
L’influence du milieu géographique sur l’homme social 
représente une quantité variable. L’évolution des forces 
productives conditionnée par les propriétés de ce milieu 
augmente le pouvoir de l’homme sur la nature et, par là 
même, crée un rapport nouveau entre l’homme et le milieu 
(°) Voir son History of civilisation in England, vol. I, Leipzig, 
1865, p. 36-37. D’après Buckle, « l’aspect général du pays » (the 
general aspect of nature), qui est une des quatre causes déterminantes 
du caractère particulier d’un peuple, influe surtout sur l’imagination, 
et une imagination fortement développée engendre les superstitions 
qui, à leur tour, ralentissent le développement du savoir. La fré- 
quence des tremblements de terre au Pérou, en agissant sur l’imagi- 
nation des indigènes, a exercé aussi son influence sur leur régime 
politique. Si les Espagnols et les Italiens sont superstitieux, cela pro- 
vient encore des tremblements de terre et des éruptions volcaniques 
(Ibid, p. 112-113). Cette action directement psychologique est partieu- 
lièrement forte aux premiers stades du développement culturel. La 
science moderne établit cependant une ressemblance frappante entre 
les croyances religieuses des races primitives situées au même 
niveau de développement économique. Les opinions de Buckle, que 
celui-ci emprunte aux écrivains du xvn° siècle, avaient déjà été expri- 
mées par Hippocrate (voir Des airs, des eaux et des lieux, traduction 
de Coray, Paris, 1800, paragraphes 76, 85, 86, 88, etc.) 
(*) Pour tout ce qui concerne la race, voir le travail intéressant 
de J. Finot : Le préjagé des races, Paris, 1905. Waitz dit : « Cer- 
taines tribus nègres présentent un exemple frappant du lien existant 
entre l’occupation principale et le caractère national » (Anthropologie 
der Naturvôlker, II, p. 107). 
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