LA VALEUR MILITAIRE DES COLONIES 215
ments et rengagements — mais encore et surtout qu’elle
soit solidement encadrée par des officiers et sous-officiers
d’élite, non pas interchangeables, mais en quelque sorte
spécialisés. À cette double condition, sa valeur et son
rendement seront hors de pair.
Mais, pour constituer cet encadrement, il faut accorder
aux officiers et sous-officiers des avantages susceptibles
de les attacher à une carrière qui met à une rude épreuve
leur résistance physique et morale. Il ne faut pas, d’autre
part, prendre à leur égard certaines mesures inoppor-
tunes, telles par exemple que celle qui les prive du béné-
fice de leurs campagnes coloniales (comptées comme cam-
pagnes simples) au delà du maximum de leur pension de
retraite, alors que l’article 80 de la loi relative à ces
pensions accorde, à très juste raison d’ailleurs, ce béné-
fice pour les campagnes de 1914 à 1918 (comptées comme
campagnes doubles). Si justifiée qu’elle puisse paraître.
cette différence de traitement peut avoir sur l’encadre-
ment des troupes coloniales un fâcheux retentissement.
Les guerres continentales connaissent les trêves de la
paix. Quarante-quatre années se sont écoulées entre les
deux guerres contre l’Allemagne. Aux colonies, la lutte
contre le climat et les maladies n’ont pas de fin, et trop
souvent les anciens coloniaux terminent prématurément
une existence ravagée par le paludisme ou la dysenterie.
Si de sérieux avantages de solde et de retraite ne viennent
pas récompenser les rudes années passées loin de France
au milieu des troupes indigènes, il est à craindre que le
recrutement des cadres soit sérieusement compromis. Le
risque est grand ; il faut l’éviter. Et au demeurant, la
réalisation d’une voie ferrée permettant de venir plus
fréquemment dans la métropole, par des moyens plus
rapides et moins onéreux, s'ajoutant aux avantages pré-
cités, ne contribuera pas peu à mieux assurer l’encadre-
ment de nos troupes noires.
Sachons envisager nettement les réalités et ne nous