LES INSURRECTIONS.
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« suicidé », selon l’expression d’un narrateur de ces événe
ments. Mourad cependant n’était pas encore le sultan qui
convenait au parti national ; naturellement faible d’esprit,
le drame de la nuit du 30 mai aggrava sa maladie mentale.
Il fallut le déposer au bout de trois mois et le remplacer
par son frère Abd-ul-Hamid H. Les musulmans « patriotes»
pensaient pouvoir fonder sur lui de solides espérances ; ils
s’arrangèrent d’ailleurs pour le bien entourer.
Le règne d’Abd-ul-Hamid II s’ouvrit sous les plus san
glants auspices. La révolution du 30 mai avait paru être
le signal de la débâcle définitive de la domination otto
mane, et exalté les espérances des populations chrétiennes.
Le prince Milan de Serbie quitta Belgrade le 29 juin, dé
clara la guerre au sultan le 1" juillet. Le prince Nicolas de
Monténégro fit de même le 2 juillet. Les armées serbe et
monténégrine ne coordonnèrent pas leurs mouvements,
comme il aurait fallu ; il y avait entre Milan et Nicolas quel
que jalousie: en prévision du partage qu’ils croyaient im
minent, ils avaient des prétentions rivales et se défiaient
l’un de l’autre. Nicolas occupa, dès le 11 juillet, tout le
plateau de Gatzko, marcha sur Mostar, battit les Turcs à
Vutchidol le 28 et leur tua 3.000 hommes. Mais Mouktar-
pacha arriva avec des renforts et, se dirigeant sur Cettigne,
obligea les Monténégrins à rentrer dans leurs montagnes.
Le général Tchernaïef, commandant en chef des troupes
serbes, franchit la frontière sur la Morava supérieure, en
leva d’un coup de main le camp turc de Babina-glava, se
jeta sur la place d’Ak-palanka, mais ne put s’en emparer.
La puissance militaire des Turcs était plus redoutable
qu’on ne le supposait. Osman-pacha, de Widdin, contint
les Serbes dans la région de Saïtschar et, menaçant ainsi
leur gauche, brisa leur offensive. Ils perdirent Kniasevatz
le 6 août; le généralisisme ottoman Abd-ul-Kerim franchit
à son tour la frontière et marcha sur la citadelle serbe
d’Alexinatz, devant laquelle il battit Tchernaïef le l®"" sep
tembre. Le prince Milan fut réduit à solliciter un armistice
de dix jours, et en profita pour faire appel à l’intervention
des puissances.
Ces combats de part et d’autre de la frontière turco-serbe
avaient été l’occasion d’excès et de cruautés de toutes
sortes. Les irréguliers turcs, Bachi-bouzouks et Tcher-
kesses, avaient donné carrière à leurs instints de brigan
dage et jeté la terreur autour d’eux. Ils avaient détruit