Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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ii douze ans, est à la charge des paysans eux-mêmes, qui nomment le 
maître. 
— Quel est votre traitement? demandai-je à h instituteur. 
— J’ai cent élèves; chaque élève me paye un florin par an et m’apporte 
une oie, un poulet ou une poule. La commune me fournit le logement, le 
bois, treize hectolitres de fruits et de vin, et un champ de six hectares. Ce 
sont les paysans qui cultivent mon champ, mais c’est moi qui fournis le 
grain ou les pommes de terre. J engraisse quelques cochons, j’ai une basse- 
cour de grand seigneur, je suis en somme très-heureux. Dans d’autres 
villages, le maître d’école est nourri par les habitants, chez qui il va 
prendre ses repas, en passant d’une famille à l’autre; moi, j’aime mieux 
être chez moi, au risque de boire quelquefois de l’eau. 
Nous sortions de l’école, quand le juge vint nous rejoindre. 
— Venez avec moi tout de suite, nous dit-il... Une petite surprise pour 
le frère français ! 
Nous entrâmes avec lui dans une maison voisine, où travaillait un 
fabricant de szür ', de bunda, de réhli et de pelisses. Il en avait étalé de 
magnifiques, avec des broderies éclatantes, des fleurs en cuirs de diverses 
couleurs, des broderies, de gros boutons d’argent et des garnitures de soie 
ou de velours. De même que les Arabes, les Hongrois ont un instinct mer 
veilleux pour combiner les couleurs, les mélanger, leur faire produire des 
contrastes, et nouer leurs broderies en arabesques délicates et ingénieuses. 
Sur tous ces vêtements à fond blanc, le bleu, le rouge, le vert, l’orangé, 
le jaune vif se mêlent et se fondent, formant un ensemble des plus riches 
et des plus harmonieux. 
— Nos femmes et nos jeunes filles, me fit dire le juge par F intermédiaire 
de M. L..., ne portent ces élégants costumes que les jours de fête et les 
dimanches; en été, le réhli est souvent remplacé par la chemise de toile 
à courtes manches brodées, qui laissent les bras à demi nus. Mais je 
n’ai pas voulu que vous partiez de Nagy-Korpad sans avoir vu la bonne 
tournure qu’ont nos paysannes dans leurs vêtements d’apparat. Veuillez 
vous tourner... 
Je venais d entendíc le Inuit d une porte qui s ouvrait; je me tournai, et 
ce que je vis était à la fois une surprise charmante et un délicieux tableau 
vivant. 
Sur un large escalier de bois conduisant à une chambre élevée de deux 
ou trois mètres au-dessus de celle où nous étions, se tenaient trois jeunes 
1 La szür est un grand manteau de drap blanc, tout orné de broderies de couleur.
	        
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