UNION SACRÉE ET POLITIQUE IMPÉRIALE 1
de Napoléon, auquel les méthodes de son héros paraissaient
familières et que sa vie politique, les traditions
qu’il avait recueillies, ses relations personnelles si
étendues et la confiance qu’il inspirait à tous les partis
auraient dû orienter dans cette voie. Il semble certain
que si M. Thiers, conscient du rôle qu’il avait à jouer
dans le relèvement de la France, avait employé les longs
mois de la guerre à grouper les meilleurs éléments des
divers partis en vue d’une union, nationale, il aurait pu
constituer un grand parti de véritables patriotes, décidés
à faire abstraction de leurs préférences, de leurs intérêts
individuels et de leurs passions pour travailler en
commun au relèvement de la patrie. Désigné par l’opinion
publique pour être le chef du pouvoir exécutif du
régime légal qui devait succéder au Gouvernement de la
Défense nationale, M. Thiers, avant le vote de l’Assemblée
qui devait l’investir de ces fonctions, aurait dû
amalgamer, sous la forme d’un parti d’union nationale,
les éléments d’une majorité stable décidée à travailler, de
bonne foi, à l’œuvre de la restauration de la puissance et
de la grandeur françaises. La bonne volonté de tous les
Français se manifesta alors aussi nettement qu’aujourd’hui,
mais celle du chef du pouvoir exécutif ne se
montra pas à la hauteur du devoir qui lui était tracé par
les circonstances.
Sans doute comptait-il avant tout, pour discipliner ses
partisans, sur l’ascendant de sa parole lorsqu’il occupait
la tribune d’une grande assemblée. On sait que l'emploi
abusif qu’il fit de ce moyen de persuasion le desservit
souvent au cours de sa présidence et que finalement
il réalisa si peu la réconciliation nationale de tous
les Français qu’il les conduisit assez rapidement à se
grouper en deux camps hostiles, dont la lutte sans merci
est toute l’histoire intérieure de la troisième République.
Les faits historiques que nous venons de rappeler
L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS